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	<title>On a raison de se r&#233;volter</title>
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		<title>Conte &#224; l'adresse de la jeunesse de mon pays</title>
		<link>http://www.mobilisation.org/article58.html</link>
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		<dc:date>2005-11-26T17:22:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charles Gagnon</dc:creator>


		<dc:subject>Annonce</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Notre camarade Charles Gagnon est d&#233;c&#233;d&#233; d'un cancer dans la soir&#233;e du jeudi 17 novembre &#224; Montr&#233;al. Il avait 66 ans. Nous reproduisons ici l'un des derniers textes qu'il a publi&#233; dans la revue &lt;i&gt;Bulletin d'histoire politique&lt;/i&gt;, vol. 13, no 1.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.mobilisation.org/rubrique30.html" rel="directory"&gt;D'hier &#224; aujourd'hui&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.mobilisation.org/mot1.html" rel="tag"&gt;Annonce&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Notre camarade Charles Gagnon est d&#233;c&#233;d&#233; d'un cancer dans la soir&#233;e du jeudi 17 novembre &#224; Montr&#233;al. Il avait 66 ans. Nous reproduisons ici l'un des derniers textes qu'il a publi&#233; dans la revue &lt;a href='http://luxediteur.com/lux/bulletindhistoirepolitique/histoiredumouvementmarxisteleninisteauquebec19731983/' class='spip_out'&gt;Bulletin d'histoire politique&lt;/a&gt;, vol. 13, no 1, avec l'aimable autorisation de son directeur, Robert Comeau.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Il &#233;tait une fois... &lt;br /&gt;Conte &#224; l'adresse de la jeunesse de mon pays&lt;!-- htmlA --&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Ce texte a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; &#224; Montr&#233;al le 29 ao&#251;t 2003. Charles Gagnon &#233;tait le (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;!-- htmlB --&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;par &lt;a href='http://www.mobilisation.org/auteur36.html' class='spip_in'&gt;Charles Gagnon&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il &#233;tait une fois dans le Qu&#233;bec d'apr&#232;s Maurice Duplessis des jeunes gens, filles et gar&#231;ons, qui r&#234;vaient d'une soci&#233;t&#233; compl&#232;tement transform&#233;e. Ils ne voulaient plus entendre parler de pauvret&#233;, de discrimination, d'autoritarisme parental, scolaire, patronal ou &#233;tatique. Ils voulaient une soci&#233;t&#233; de justice, de plus grande &#233;galit&#233;, de partage, de solidarit&#233;. Ils avaient eu vent que leurs parents avaient v&#233;cu des jours tr&#232;s difficiles dans les ann&#233;es 1930, celles de la grande crise. Ils avaient entendu parler du fascisme et du stalinisme, des horreurs de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, de l'Holocauste, des bombes atomiques lanc&#233;es sur Hiroshima et Nagasaki. Ils &#233;taient t&#233;moins de la crise existentielle que le cumul de ces &#233;v&#233;nements tragiques avait provoqu&#233;e &#8212; et continuait d'entretenir &#8212; dans la conscience occidentale, europ&#233;enne principalement, et des d&#233;bats qu'elle suscitait entre lib&#233;raux, conservateurs, chr&#233;tiens, communistes, existentialistes... autour de la d&#233;finition d'un nouvel humanisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En m&#234;me temps, ils avaient pu constater que les ann&#233;es de l'apr&#232;s-guerre avaient remis l'&#233;conomie occidentale sur ses rails et avaient &#233;t&#233; une p&#233;riode de progr&#232;s scientifiques et technologiques majeurs, que le syndicalisme avait &#233;largi les droits des travailleurs. Si bien qu'&#224; la diff&#233;rence de leurs parents, dans bien des cas, plusieurs d'entre eux pouvaient &#233;tudier et, du fait m&#234;me, envisager un travail &#224; leur convenance par la suite. Pas tous, bien s&#251;r, mais beaucoup plus que dans le pass&#233;. Et ils ne voyaient pas pourquoi ces nouvelles conditions ne devraient pas &#234;tre &#233;tendues &#224; tous les jeunes. Il y avait assez de richesses, croyaient-ils na&#239;vement, pour que tout le monde puisse en profiter. Ils ne savaient pas, pas encore, qu'en r&#233;gime capitaliste l'accroissement de la richesse a tr&#232;s peu &#224; voir, sinon rien du tout, avec l'extension et l'&#233;quit&#233; de son partage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Partout dans le monde, en Afrique, en Asie, en Am&#233;rique latine, des peuples opprim&#233;s menaient aussi la lutte pour leur &#233;mancipation. Mener la lutte pour son &#233;mancipation, c'&#233;tait alors la mener sur tous les fronts, national, social, des droits individuels, des droits des minorit&#233;s, &#224; tous &#233;gards. Si bien que la jeunesse fut bient&#244;t rejointe par d'importantes couches sociales qui partageaient les m&#234;mes r&#234;ves, du moins en partie, mais qui ne croyaient plus tellement &#224; la possibilit&#233; de les r&#233;aliser sans soumettre l'organisation politique et sociale &#224; des changements importants, sans n&#233;cessairement &#234;tre d'accord avec les moyens que pr&#233;conisaient les &#233;l&#233;ments les plus radicaux de la jeunesse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous le savez aussi bien que moi, la jeunesse est radicale (quand on change les choses, on les change de fond en comble) ; la jeunesse est press&#233;e (les discussions politiques &#171; sur les virgules &#187;, les rappels historiques &#224; n'en plus finir, c'est bien ennuyant et &#231;a ne m&#232;ne nulle part) ; la jeunesse est parfois excessive (les &#233;lections, c'est un &#171; pi&#232;ge &#224; cons &#187; ; vive l'action, &#171; &lt;i&gt;do it now !&lt;/i&gt; &#187; ; faisons du bruit, &#231;a va r&#233;veiller les vieux !). C'est ainsi qu'est n&#233; le Front de lib&#233;ration du Qu&#233;bec (FLQ), au coeur du tourbillon qui agitait la soci&#233;t&#233; qu&#233;b&#233;coise, sa frange active, politiquement engag&#233;e &#8212; tourbillon n&#233;, en fait, dans la mouvance de l'opposition syndicale et intellectuelle au duplessisme et dans le sillage d'un nationalisme toujours latent. Quelques douzaines de Bozo-les-culottes entreprirent donc de faire sauter quelques bo&#238;tes aux lettres pour finalement tenter de mettre le feu &#224; la plaine, de cr&#233;er des &#171; focos &#187; (foyers de lutte) &#224; Montr&#233;al et ailleurs en province. Il fallait donner du panache au courage, sortir de la torpeur des porteurs d'eau de notre histoire, renouer avec l'action des valeureux patriotes du si&#232;cle pass&#233;. Une sorte de sous-produit de la R&#233;volution tranquille ou de &#171; dommages collat&#233;raux &#187; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La R&#233;volution tranquille, en effet, &#233;tait pass&#233;e par-l&#224;. Ce n'est pas rien, la R&#233;volution tranquille, croyez-moi ! En &#224; peine dix ans, dans un tourbillon &#233;tourdissant, le Qu&#233;bec a chang&#233; de visage. Je crois m&#234;me qu'il a un peu chang&#233; d'&#226;me. Je n'insiste pas, vous avez d&#251; entendre parler de l'assurancemaladie, de la syndicalisation des fonctionnaires, des enseignants, de la cr&#233;ation d'une administration publique moderne, de la d&#233;confessionnalisation des institutions et du d&#233;clin subit de la pratique religieuse, de la lib&#233;ralisation des moeurs sexuelles, entre autres ; du d&#233;veloppement marqu&#233; de la scolarisation ; de l'apparition de soci&#233;t&#233;s et d'institutions &#233;conomiques &#233;tatiques et, bient&#244;t, d'entreprises priv&#233;es importantes. Et pour coiffer le tout, et ce n'est pas peu dire, l'apparition de la fiert&#233; d'&#234;tre francophone en Am&#233;rique du Nord, comme apparaissait plus au sud, la fiert&#233; d'&#234;tre noir, d'&#234;tre Latino, d'&#234;tre Africain... Le monde se colorait et le Qu&#233;bec avait sa couleur. Le monde entier r&#233;sistait au &#171; drabe &#187; uniforme de la soldatesque imp&#233;riale. On ne vous lan&#231;ait plus un &#171; &lt;i&gt;don't you speak white !&lt;/i&gt; &#187; dans les restaurants de la Catherine Ouest &#8212; elle n'&#233;tait pas plus &#171; sainte &#187; &#224; l'&#233;poque qu'aujourd'hui &#8212; ou du boulevard D&#233;carie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On ne laisserait pas la r&#233;volution entre les mains des bourgeois et de leur &#201;tat. Un mouvement contestataire prenait forme. &#171; Le joual, expression de notre identit&#233; &#187;, pr&#233;tendaient des &#233;crivains. &#171; Nous ne sommes pas des trousde- culs &#187;, affirmait la sociologue. &#171; Le m&#233;pris n'aura qu'un temps &#187;, d&#233;claraient les syndicats. &#171; Ne comptons que sur nos propres moyens &#187;, pr&#233;conisait une Conf&#233;d&#233;ration des syndicats nationaux (CSN). &#171; L'&#201;tat, rouage de notre exploitation &#187;, proclamait la F&#233;d&#233;ration des travailleurs du Qu&#233;bec (FTQ). &#171; Interdit d'interdire &#187;, clamaient les &#233;tudiants au retour de Paris. &#171; &#192; bas l'imp&#233;rialisme ! &#187;, &#171; Vive le Qu&#233;bec libre ! &#187;, lan&#231;aient les manifestants. &#171; Et nous allons vous mettre tout &#231;a en chanson &#187;, disaient les po&#232;tes. C'est alors que le Parti qu&#233;b&#233;cois (PQ) s'amena et fit une remarquable r&#233;colte. Moins de dix ans apr&#232;s sa cr&#233;ation, il prenait la ma&#238;trise des r&#234;nes de l'&#201;tat avec un programme souverainiste. Ce n'est pas rien, &#231;a non plus. C'&#233;tait une partie du pouvoir. Pour un grand nombre, la naissance du PQ, c'&#233;tait le d&#233;but du grand changement. Mais pas pour tous. Il y avait des trouble-f&#234;tes, des emp&#234;cheurs de danser en rond, contestataires casse-pieds comme certains d'entre vous &#224; l'occasion, qui disaient que le &#171; pouvoir politique &#187;, ce n'est pas le pouvoir, qu'on ne se battait pas pour simplement avoir un &#201;tat fran&#231;ais et des bourgeois francophones. Il y avait toujours de puissants capitalistes qui dictaient, de l'ext&#233;rieur du Qu&#233;bec et, progressivement de l'int&#233;rieur, les r&#232;gles du jeu ; il y avait toujours des pauvres, m&#234;me s'ils pouvaient acheter leurs guenilles en fran&#231;ais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si la mont&#233;e du PQ avait entra&#238;n&#233; le ralliement de la majorit&#233; des partisans de l'ind&#233;pendance et du progr&#232;s social, l'unanimit&#233; n'existait pas pour autant. Il y avait les irr&#233;ductibles. Les d&#233;bats allaient &#234;tre vigoureux. Ce n'&#233;tait pas vraiment nouveau. D&#232;s les ann&#233;es 1960, le clivage existait : &#171; Le Qu&#233;bec aux Qu&#233;b&#233;cois &#187;, d'un c&#244;t&#233; ; &#171; Le Qu&#233;bec aux travailleurs &#187;, de l'autre. L'opposition qu'on retrouve aujourd'hui entre le Parti qu&#233;b&#233;cois et l'Union des forces progressistes &#8212; pour autant qu'on puisse conna&#238;tre le programme de ladite Union, qui semble se diriger vers la clandestinit&#233; totale- existe en fait depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1960. Avant cela, le nationalisme qu&#233;b&#233;cois &#233;tait plut&#244;t &#224; droite et m&#234;me franchement &#224; droite. Les militants progressistes des ann&#233;es 1960, notamment &#224; &lt;i&gt;Parti pris&lt;/i&gt;, avaient invent&#233; le &#171; nouveau nationalisme &#187;, suppos&#233;, comme dans les colonies, &#234;tre porteur de progr&#232;s social.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le FLQ, ai-je dit, avait fait long feu. Ses rangs d&#233;cim&#233;s apr&#232;s la mort du ministre Pierre Laporte en octobre 1970, la police avait investi ce qui en restait. Sauf quelques nostalgiques de la bombette &#8212; dont il reste quelques sp&#233;cimens encore aujourd'hui &#8212; personne n'y voyait plus la voie de l'ind&#233;pendance et du socialisme. Et cela s'expliquait. Malgr&#233; des tentatives de justification (th&#233;orique) de l'action violente, le FLQ &#233;tait demeur&#233; un mouvement essentiellement spontan&#233;iste, o&#249; on mythifiait l'action directe, imm&#233;diate, au d&#233;triment de la r&#233;flexion politique, d'une pens&#233;e strat&#233;gique articul&#233;e aux conditions sociales et culturelles ambiantes. Le marxisme tra&#238;nait par l&#224;, depuis la fin du xix&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle en fait, mais il avait du plomb dans l'aile depuis qu'on avait commenc&#233; &#224; s&#233;rieusement d&#233;monter la m&#233;canique stalinienne qui avait tenu les peuples de l'Est en laisse dans les ann&#233;es 1930 &#224; 1950. Les partis communistes prosovi&#233;tiques, dont le canadien, avaient n&#233;anmoins men&#233; des luttes courageuses, voire h&#233;ro&#239;ques, dans les ann&#233;es 1930 et 1940, dans les syndicats, parmi les ch&#244;meurs. Dans certains pays, la France et l'Italie notamment, ils avaient m&#234;me connu des succ&#232;s &#233;lectoraux non n&#233;gligeables ; ils avaient contribu&#233; &#224; la mise sur pied de &#171; fronts populaires &#187; en Europe &#224; l'approche de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale ; ils avaient particip&#233; &#224; la r&#233;sistance en Espagne, en France, en Yougoslavie, en Gr&#232;ce ; ils avaient m&#234;me eu, croyez-le ou non, de l'influence sur la politique am&#233;ricaine &#224; l'&#233;poque du &lt;i&gt;New Deal&lt;/i&gt;, dans les ann&#233;es 1930-1945, par &lt;i&gt;liberals&lt;/i&gt; interpos&#233;s, avant que Joseph McCarthy ne s'impose et ram&#232;ne l'&#171; Am&#233;rique &#187; dans le droit chemin &#8212; qu'elle n'a plus quitt&#233; depuis lors.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais tout cela appartenait d&#233;j&#224; au plus-que-pass&#233;. Il y a, comme &#231;a, des p&#233;riodes o&#249; l'histoire &#171; d&#233;boule &#187;. De toute fa&#231;on, la jeunesse r&#233;volt&#233;e, je l'ai dit, ne voulait rien savoir de ces d&#233;bats sur la voie du socialisme, sur la strat&#233;gie, sur les conditions objectives et subjectives, etc. La jeunesse voulait de l'action, elle a agi et elle s'est cass&#233; la gueule sur la muraille de l'ordre &#233;tabli. Mais les plus d&#233;termin&#233;s n'allaient pas jeter l'&#233;ponge. Une erreur de parcours, une erreur d'aiguillage, &#231;a se corrige. On avait lev&#233; le nez sur les le&#231;ons de l'histoire, on avait crach&#233; sur les id&#233;ologies, ces s&#233;r&#233;nades que la droite et la gauche se lan&#231;aient au visage depuis des d&#233;cennies. On avait err&#233;. Il fallait en prendre acte. Pour faire la r&#233;volution, il faut bien comprendre la situation, analyser les conditions sociales, les bases &#233;conomiques, les courants id&#233;ologiques, les &#171; conditions objectives et subjectives &#187;, avait dit L&#233;nine. Bref, il faut saisir les contradictions qui animent la vie sociale et dont la r&#233;solution est susceptible de provoquer des transformations majeures, le grand changement, la r&#233;volution.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ce qu'affirmait &lt;i&gt;Pour le parti prol&#233;tarien&lt;/i&gt;, entre autres documents de l'&#233;poque. Parue en 1972, la brochure r&#233;sumait les &#233;changes d'un noyau de militants et d'une militante issus de groupes populaires dont les Comit&#233;s d'action politique (CAP). Mais, malheureusement, &lt;i&gt;Pour le parti prol&#233;tarien&lt;/i&gt;&lt;!-- htmlA --&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Charles Gagnon/L'&#201;quipe du journal, Pour le parti prol&#233;tarien, Montr&#233;al, (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;!-- htmlB --&gt; &#233;tait du &#171; marxisme vulgaire &#187;, comme disaient certains, bien connect&#233;s aux groupes europ&#233;ens, fran&#231;ais et belges notamment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#199;a tombait bien. Cette carence d'id&#233;ologie allait &#234;tre combl&#233;e et comment ! Il y avait en Asie, en Chine plus pr&#233;cis&#233;ment, un vieux monsieur qui, apr&#232;s des ann&#233;es de lutte arm&#233;e, avait lib&#233;r&#233; son pays de l'occupation japonaise et des capitalistes occidentaux qui contr&#244;laient certaines r&#233;gions du pays, un quasi-continent, et avait r&#233;ussi &#224; r&#233;unir des r&#233;gions autrefois soumises aux seigneurs de guerre locaux en un pays unifi&#233; sous un gouvernement central &#8212; il &#233;tait, bien s&#251;r, accompagn&#233; de quelques camarades et autres compagnons de route &#8212; et la route avait &#233;t&#233; longue &#8212; qui finirent par lui vouer un culte &#224; en rendre Joseph Staline jaloux. Un vieux monsieur atypique qui &#233;tait en train de se gagner, en partie en raison de ce culte, le respect de certains chefs d'&#201;tat occidentaux et, plus encore, des militants de nombreux mouvements de lib&#233;ration du tiersmonde. Or ce vieux monsieur avait trouv&#233; la faille qui expliquait l'&#233;chec de la construction du socialisme en Union sovi&#233;tique : le r&#233;visionnisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et voil&#224; que, gr&#226;ce &#224; Mao Zedong, le leader chinois charismatique, les jeunes r&#233;volt&#233;s, qui refusaient de prendre place dans la caravane des partis traditionnels, allaient pouvoir se r&#233;concilier pleinement avec le marxisme &#8212; la chose avait commenc&#233; d&#232;s les ann&#233;es 1960, en fait, mais sur le mode mineur, de ce c&#244;t&#233;-ci de l'Atlantique en particulier. Il y avait donc un marxisme non corrompu par les politiciens au pouvoir, les politiciens corrompus par le pouvoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La route serait longue, le parcours sinueux, soit, mais le d&#233;nouement serait glorieux. Les Chinois en avaient fait la preuve ; les Vietnamiens &#233;taient en train de le confirmer. La voie de la victoire &#233;tait trac&#233;e ; il s'agissait de se l'approprier, de l'approfondir et de l'appliquer aux contradictions propres &#224; son pays. C'est ainsi que naquirent, &#224; la fin des ann&#233;es 1960 et au d&#233;but des ann&#233;es 1970, divers groupes marxistes-l&#233;ninistes (appellation qui servait &#224; distinguer les &#171; vrais &#187; communistes des r&#233;visionnistes, c'est-&#224;-dire ces communistes qui, sous la coupe de Moscou, avaient en fait abandonn&#233; la doctrine de Marx et de L&#233;nine).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce courant exercerait un v&#233;ritable attrait sur une partie de la jeunesse &#233;tudiante et bon nombre d'organismes populaires. En moins de cinq ans, plusieurs de ces groupes allaient multiplier leurs effectifs et se regrouper pour former des organisations plus larges, de quelques milliers de personnes, principalement, pour ce qui est du Qu&#233;bec et du Canada, le Parti communiste ouvrier (PCO) et l'organisation EN LUTTE ! (en majuscules toujours, s'il vous pla&#238;t !&lt;!-- htmlA --&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Sachez que lors du congr&#232;s de dissolution d'EN LUTTE ! en 1982, ses membres (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;!-- htmlB --&gt;). Bien d&#233;cid&#233;e &#224; donner des assises th&#233;oriques incontournables &#224; son action, cette jeunesse n'en avait pas pour autant rompu avec son activisme. Sauf que celui-ci prendrait d'autres formes. Il ne s'agissait plus tant de faire des coups fumants pour attirer l'attention, &#171; &#233;veiller les consciences &#187;, que de mener une lutte id&#233;ologique incessante pour diffuser sa ligne politique au plus grand nombre et recruter de nouveaux adeptes, parmi les &#233;tudiants, dans le mouvement ouvrier et les groupes populaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les groupes plus importants publiaient un hebdomadaire qui faisait conna&#238;tre les luttes populaires et syndicales et comprenait des articles de fond sur les questions sociales et politiques. Ces journaux &#233;taient diffus&#233;s largement dans les maisons d'enseignement, aux portes des usines et, parfois, dans la rue ou les stations de m&#233;tro. La police n'&#233;tait pas plus tol&#233;rante qu'aujourd'hui, peut-&#234;tre moins, mais avec le temps on &#233;tait arriv&#233; &#224; tromper sa vigilance plus souvent qu'autrement. Et, tout comme les anars d'aujourd'hui, les marxistes ne l&#233;sinaient pas sur la d&#233;nonciation de la r&#233;pression. Ils d&#233;non&#231;aient beaucoup de monde, beaucoup d'institutions : les partis politiques, les directions syndicales, les bourgeois, les petits bourgeois ; sans compter l'imp&#233;rialisme, le racisme, le patriarcat, le chauvinisme de grande nation, le nationalisme de droite, la religion, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et ils agissaient, conform&#233;ment &#224; leurs convictions. Distribution du journal &#224; partir parfois de cinq heures du matin, rassemblements de soutien aux luttes en cours, pr&#233;sence sur des lignes de piquetage habituellement assez muscl&#233;es merci, grandes manifestations de solidarit&#233; le 8 mars (journ&#233;e de la femme) et le premier mai (journ&#233;e des travailleurs) &#8212; ce sont les marxistes, soit dit en passant, qui ont r&#233;introduit la c&#233;l&#233;bration de ces deux f&#234;tes internationales au Qu&#233;bec et au Canada, les syndicats, le mouvement des femmes et les groupes populaires reprenant ensuite le flambeau, un flambeau en voie d'extinction depuis quelques ann&#233;es d&#233;j&#224; &#8212; r&#233;unions de cuisine avec les personnes int&#233;ress&#233;es, etc. Les militants &#233;taient alors &#171; en devoir &#187; pratiquement 7 jours par semaine, 52 semaines par ann&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fruit d'une coalition de groupes marxistes (l&#233;ninistes et trotskistes) et populaires, le Comit&#233; de solidarit&#233; avec les luttes ouvri&#232;res (CSLO) a jou&#233; un r&#244;le important dans plus d'une lutte ouvri&#232;re, Shellcast, Firestone, Pratt &amp; Whitney, Ogilvy, contre le gel des salaires, etc., en animant des comit&#233;s de soutien, en se joignant aux piquets ouvriers, en distribuant des tracts, en formant parfois des comit&#233;s de lecture autour du journal, en r&#233;unissant les femmes des gr&#233;vistes, en se joignant &#224; des groupes populaires &#8212; en contribuant m&#234;me &#224; leur mise sur pied, comme dans le cas des garderies qui naissaient &#224; l'&#233;poque &#8212; en d&#233;non&#231;ant les profs r&#233;actionnaires dans les coll&#232;ges et les universit&#233;s, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; ce regroupement d'&#233;l&#233;ments provenant des groupes populaires, des syndicats et des groupes marxistes (trotskystes et l&#233;ninistes) au sein du CSLO, on assistait &#224; l'adh&#233;sion, volontaire soit dit en passant, de bon nombre de militants &#224; l'une ou l'autre des organisations marxistes et, dans certains cas, au ralliement de groupes populaires ou communautaires entiers &#224; ces m&#234;mes organisations. Si bien que, petit &#224; petit, bien des groupes jusque-l&#224; autonomes se sont vus entra&#238;n&#233;s dans les rivalit&#233;s des diverses organisations marxistes qui s'entre-d&#233;chiraient pour, pr&#233;tendaient-elles, &#171; assurer le triomphe de la ligne juste &#187;. Ce sont sans doute les garderies et certaines cliniques populaires (de sant&#233;) qui ont le plus souffert de ces affrontements quasi quotidiens. Voil&#224;, &#224; n'en pas douter, qui appartient au passif du mouvement marxiste. Mais avant de pr&#233;tendre que les marxistes ont tu&#233; le mouvement communautaire, il y aurait certaines pr&#233;cautions &#224; prendre. Le mouvement est-il vraiment mort ? Et la d&#233;mobilisation ind&#233;niable qui a caract&#233;ris&#233; les ann&#233;es 1980 a-t-elle eu pour seule cause, pour principale cause, l'action des marxistes au cours des ann&#233;es 1970 ? La r&#233;ponse &#224; cette question n'est sans doute pas aussi claire et nette qu'on l'affirme parfois. On devrait au moins tenir compte du fait que l'affaiblissement des luttes populaires &#8212; tout comme l'abandon de la lutte pour le parti r&#233;volutionnaire, d'ailleurs &#8212; a &#233;t&#233; un ph&#233;nom&#232;ne g&#233;n&#233;ralis&#233; au cours des ann&#233;es 1980, aussi bien en Europe et en Am&#233;rique latine qu'ici. Sans pr&#233;tendre qu'il y a l&#224; un rapport de causalit&#233;, il n'est pas inutile de noter que le ph&#233;nom&#232;ne en question a co&#239;ncid&#233; avec la prise de conscience des limites et parfois m&#234;me du cul-de-sac des luttes r&#233;volutionnaires qui avaient suscit&#233; l'enthousiasme dans les ann&#233;es 1960 et 1970, en Afrique, en Asie et en Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, la lutte pour le parti s'est poursuivie rondement au cours des ann&#233;es 1970 et de tr&#232;s nombreux militants et militantes partageaient cet objectif. Des groupes de th&#233;&#226;tre, des groupes musicaux, des groupes culturels et bon nombre d'intellectuels, des enseignants notamment, ont, sans n&#233;cessairement adh&#233;rer &#224; une organisation marxiste, apport&#233; leur contribution au mouvement d'ensemble, soit en l'alimentant de leur r&#233;flexion et de leurs interventions, soit en reprenant les propos des organisations dans leurs activit&#233;s. Bref, les marxistes-l&#233;ninistes &#233;taient pr&#233;sents partout ou presque, y compris sur la sc&#232;ne internationale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1970 en effet, EN LUTTE ! , qui entretenait des liens avec de nombreuses organisations marxistes &#224; travers le monde, lan&#231;ait un appel &#224; la cr&#233;ation d'une internationale sans d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de tout parti au pouvoir, qu'il fut chinois, cor&#233;en ou albanais ; l'histoire avait amplement montr&#233; que cet asservissement &#224; un parti au pouvoir contre aide financi&#232;re, conduisait in&#233;vitablement &#224; la d&#233;pendance id&#233;ologique. C'est ainsi que l'organisation en vint &#224; publier un mensuel en trois &#233;ditions, fran&#231;aise, anglaise et espagnole, &lt;i&gt;Forum international&lt;/i&gt;, publication qui s'ajoutait au journal hebdomadaire et &#224; la revue &lt;i&gt;Unit&#233; prol&#233;tarienne&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Forum international&lt;/i&gt; re&#231;ut un accueil chaleureux de plusieurs partis et organisations en Europe, en Am&#233;rique latine et de militants en exil de Chypre, de Turquie et d'Iran. On aurait donc tort de r&#233;duire l'action des marxistes-l&#233;ninistes &#224; la seule production d'un discours compl&#232;tement d&#233;connect&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais discours il y a eu. Cela ne fait pas de doute. Discours imposant, discours coh&#233;rent, discours radical. Que disait-il ? Faisons court : la construction du socialisme et puis du communisme, c'est-&#224;-dire l'&#233;tape ultime du partage int&#233;gral des richesses, de l'&#233;galit&#233; de tous en droit, passe obligatoirement par la r&#233;volution prol&#233;tarienne, processus au cours duquel la prise du pouvoir politique n'est qu'une &#233;tape qui doit &#234;tre suivie par la collectivisation des moyens de production, qui deviennent alors propri&#233;t&#233; commune de tous les habitants du pays. Cette &#233;tape se d&#233;roule sous la direction de la classe ouvri&#232;re ; c'est la phase de la dictature du prol&#233;tariat. L'instrument de la dictature, c'est le parti du prol&#233;tariat, commun&#233;ment appel&#233; &#171; parti communiste &#187;. C'est ainsi qu'&#224; travers leurs activit&#233;s d'agit-prop, les groupes marxistesl&#233;ninistes des ann&#233;es 1970 s'employaient &#224; construire le parti qui prendrait la direction des masses populaires et les conduirait au pouvoir. Les jeunes militants marxistes-l&#233;ninistes sont alors habit&#233;s par un id&#233;al, la recherche d'un absolu auquel ils sont pr&#234;ts &#224; consacrer leur vie, pour le service duquel ils sont pr&#234;ts &#224; transformer leur fa&#231;on de vivre, comme les chr&#233;tiens d'hier, comme bon nombre de croyants d'aujourd'hui. Il s'agit ni plus ni moins d'adopter et d'appliquer des principes et un style de vie qui se rapprochent le plus possible de ce qu'on con&#231;oit comme devant &#234;tre la r&#232;gle dans la soci&#233;t&#233; communiste. Un peu &#224; la mani&#232;re des moines du Moyen &#194;ge qui voulaient vivre leur christianisme au quotidien, &#224; l'abri de l'immoralisme ambiant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au coeur de cette d&#233;marche, la lutte contre les in&#233;galit&#233;s. On aura des cercles de lecture et des sessions de formation pour permettre &#224; tous, les ouvriers au premier titre, de s'approprier les rudiments d'une analyse politique de base, d'inspiration marxiste bien s&#251;r, de fa&#231;on &#224; ce que chacun puisse participer pleinement aux d&#233;bats qui entourent les strat&#233;gies &#224; &#233;tablir, les tactiques &#224; adopter, les actions &#224; mener. Cela donnera lieu &#224; la cr&#233;ation de l'Atelier ouvrier, destin&#233; sp&#233;cialement &#224; la constitution de petits noyaux d'ouvriers d'une m&#234;me entreprise. On &#233;tablira des r&#232;gles devant r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s entre les hommes et les femmes ; on visera &#224; ce qu'il y ait des femmes dans les postes de direction ; on organisera des services de garde d'enfants lors des &#233;v&#233;nements publics. Et puis, apr&#232;s quelques d&#233;rapages, on m&#232;nera aussi la lutte contre la discrimination &#224; l'&#233;gard des homosexuels. La d&#233;termination du montant des cotisations prendra les enfants en compte. C'est heureux, car ceux qui ont des salaires au-dessus de la moyenne paient des cotisations tout autant au-dessus de la moyenne ; dans certains cas, ce n'est pas peu. Les permanents sont, sans exception, r&#233;mun&#233;r&#233;s sur la base des salaires des travailleurs non sp&#233;cialis&#233;s. Voil&#224; qui s'appelle vivre &#224; la hauteur de ses id&#233;aux... ou presque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'id&#233;al, c'est la morale prol&#233;tarienne, dont on trouve des illustrations dans des romans russes, chinois ou albanais, une morale du courage, du don de soi, de l'oubli de soi pour la cause. La cause est le dieu des militants, comme le capital est celui de l'ennemi. Tout doit &#234;tre mesur&#233; &#224; l'aune de la cause... avec des variantes, bien s&#251;r. Ainsi, pour certains, vivre en concubinage, fumer un joint, fr&#233;quenter les bars underground, c'est petit-bourgeois ; pour d'autres, l'homosexualit&#233; est une d&#233;viation id&#233;ologique &#8212; c'est d&#233;j&#224; le langage politiquement correct qui s'insinue ; c'est la r&#233;apparition d'un discours moralisateur &#224; la sauce prol&#233;tarienne. Le sentiment de l'urgence militante est tel qu'au milieu des ann&#233;es 1970, il y aura de jeunes couples qui se demanderont s'ils sont &#171; autoris&#233;s &#187; &#224; faire des enfants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand on vit suivant une morale aussi rigoureuse, il arrive qu'on soit tent&#233;, par frustration peut-&#234;tre, de voir si, autour de soi, elle est correctement appliqu&#233;e. Les responsables se verront ainsi charg&#233;s de veiller aux bonnes moeurs de leur entourage ; intervenir aupr&#232;s des couples en difficult&#233;, dans les cas de violence conjugale ou de discrimination &#224; l'&#233;gard des gais et, plus largement, d'&#234;tre &#224; l'aff&#251;t des d&#233;viations id&#233;ologiques ou politiques. Le contr&#244;le est parfois serr&#233;, l'autocensure est la r&#232;gle : on a vu des noyaux de militants se r&#233;unir &#224; quatre ou cinq reprises pour s'entendre sur le contenu d'un tract d'appui &#224; des gr&#233;vistes (je crois savoir que la gr&#232;ve &#233;tait toujours en cours au moment de la sortie du tract. Ouf !) Progressivement, sans que personne ou presque n'en prenne vraiment conscience, on se retrouve en train de construire une communaut&#233; id&#233;ale au sein d'une soci&#233;t&#233; domin&#233;e par l'id&#233;ologie bourgeoise, de plus en plus individualiste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;T&#226;chons quand m&#234;me de ne pas consid&#233;rer les choses de fa&#231;on trop simpliste &#8212; le moins possible en tout cas. Il y a une face positive &#224; ce communautarisme : on constitue ainsi une collectivit&#233; o&#249; la solidarit&#233; occupe la place centrale qu'elle devrait occuper dans la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral. Mais, &#224; trop se distinguer de son entourage, on court le risque d'&#234;tre moins sensible &#224; ses pr&#233;occupations, grandes et petites, on court le risque de voir le monde de fa&#231;on biais&#233;e. Vous avez de gros mots sur le bout de la langue, non ? Dogmatisme, sectarisme, peut-&#234;tre ? Vous n'avez pas tout &#224; fait tort. Il ne fait pas de doute que bien des marxistes-l&#233;ninistes ont c&#233;d&#233; au dogmatisme, c'est-&#224;-dire qu'ils ont, dans les faits, conf&#233;r&#233; un caract&#232;re transcendantal &#224; leur ligne politique, y inclus leur morale. Toute communaut&#233;, tout regroupement qui porte ses principes &#224; ce niveau finit in&#233;vitablement par se comporter comme une secte. Sans v&#233;ritablement mesurer la port&#233;e de l'entreprise, sans concevoir le caract&#232;re irr&#233;aliste, utopique m&#234;me, de la chose, les marxistes-l&#233;ninistes &#8212; ceux d'EN LUTTE ! &#224; tout le moins ; il est possible qu'au PCO on ait mis&#233; davantage sur la puret&#233; de la ligne politique et moins sur celle de la morale prol&#233;tarienne &#8212; ont voulu vivre comme s'ils constituaient une &#171; soci&#233;t&#233; &#187; socialiste au sein de la soci&#233;t&#233; ambiante qui ne l'&#233;tait pas, il va sans dire. C'est le comportement qu'on retrouve, &#224; des degr&#233;s divers, dans les sectes religieuses, tout comme dans les marges radicales, fondamentalistes des grandes religions, qui, par exemple, pr&#233;sentent leur guerre comme l'expression de la volont&#233; divine ou, &#224; l'oppos&#233;, posent leur d&#233;sir de paix comme antidote aux guerres en cours ou &#233;ventuelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette communaut&#233; politique avait donc de bons c&#244;t&#233;s, dont la camaraderie et la solidarit&#233;, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, n'&#233;taient pas les moindres. De fa&#231;on plus pratique, les principales organisations marxistes ont &#233;t&#233; de formidables &#233;coles de formation, car on y pratiquait le culte du travail bien fait. C'est l&#224; que des dizaines de militants ont fait leurs premi&#232;res armes comme organisateurs, journalistes, imprimeurs, libraires, conf&#233;renciers, etc. D'autres mettront leurs talents artistiques en pratique, chant, musique, th&#233;&#226;tre, dessin... Cette formation n'&#233;tait pas laiss&#233;e au hasard ; souvent, les plus exp&#233;riment&#233;s organisaient des sessions &#224; l'intention des nouveaux. Bon nombre d'entre eux se retrouvent aujourd'hui dans les m&#233;dias, les syndicats et les organismes communautaires. Certains, hommes et femmes, qui n'&#233;taient parfois jamais sortis de Montr&#233;al, se sont retrouv&#233;s, du jour au lendemain, responsables de l'organisation et de toutes ses activit&#233;s &#224; Toronto, &#224; Vancouver ou &#224; Calgary...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les marxistes ont ainsi men&#233; des luttes et constitu&#233; un milieu de formation pour les membres. Le mouvement marxiste-l&#233;niniste a constitu&#233; un lieu de culture important. Le marxisme, il convient de le redire, n'est pas une supercherie et ceux et celles qui l'ont d&#233;fendu n'&#233;taient pas des escrocs. Mais leurs adversaires n'ont voulu retenir que leur discours, je dirais m&#234;me que le c&#244;t&#233; dogmatique de leur discours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, pendant une dizaine d'ann&#233;es, les marxistes-l&#233;ninistes qui, pour la plupart, avaient fait de la lutte ouvri&#232;re contre le capital la contradiction principale de la soci&#233;t&#233;, secondarisant ainsi la lutte nationale, ce qui a terni leur histoire d'une tache ind&#233;l&#233;bile, que dis-je ? ce qui a fait d'eux des tra&#238;tres &#224; la nation &#8212; comme vous voyez, les marxistes-l&#233;ninistes n'avaient pas &#233;puis&#233; toutes les ressources du dogmatisme &#8212; ils ont men&#233; de nombreuses luttes aux c&#244;t&#233;s des syndicats et des organisations populaires &#8212; ce pourquoi on les a accus&#233;s de faire du &#171; noyautage &#187; (il serait plus juste de parler ici d'entrisme), sauf que, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, ils ne cachaient pas leur all&#233;geance &#8212; ils ont diffus&#233; largement leurs convictions par l'&#233;crit et la parole, par des chants et des spectacles qui, il faut le reconna&#238;tre, n'ont pas toujours emport&#233; l'adh&#233;sion de la critique artistique ; ils ont men&#233; une critique acharn&#233;e et parfois outranci&#232;re des institutions &#233;conomiques et politiques, sans oublier les syndicats.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ainsi qu'ils cherchaient &#224; faire partager leur r&#234;ve r&#233;volutionnaire. Comme des milliers d'autres, hier et aujourd'hui, ils consid&#233;raient l'ordre &#233;tabli du capital et du superpouvoir imp&#233;rialiste comme tout &#224; fait contraire au bien-&#234;tre de la soci&#233;t&#233;, de la grande majorit&#233; de la population. &#192; la diff&#233;rence de milliers d'autres qui se contentaient de d&#233;noncer &#8212; ce qui n'est pas inutile, soit dit en passant &#8212; ils ont cherch&#233; une voie pour s'attaquer &#224; cet ordre &#233;tabli, pour l'affaiblir et finalement l'abolir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, deux ans &#224; peine apr&#232;s le r&#233;f&#233;rendum de 1980, EN LUTTE ! et la plupart des organisations marxistes qu&#233;b&#233;coises, canadiennes et &#233;trang&#232;res disparaissaient compl&#232;tement. On se demande encore pourquoi exactement. Pour plusieurs, la disparition de ces organisations compl&#232;tement &#171; capot&#233;es &#187; allait, pour ainsi dire, de soi. Elles ne pouvaient pas durer. Pourtant, il y a des sectes &#8212; si on peut traiter les organisations marxistes ainsi, un peu abusivement quand m&#234;me &#8212; qui ont la vie dure, comme chacun sait. Que s'est-il pass&#233; pour que les principales organisations marxistes s'effondrent ainsi, subitement, au d&#233;but des ann&#233;es 1980 ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien des explications ont &#233;t&#233; avanc&#233;es. Parmi les plus tenaces, leur appel &#224; l'annulation lors du r&#233;f&#233;rendum de 1980 sur la souverainet&#233;-association. On a m&#234;me accus&#233; les marxistes d'avoir concouru &#224; la d&#233;faite du &#171; oui &#187;. Mais, il me semble que tous les marxistes-l&#233;ninistes auraient pu voter trois fois chacun pour le &#171; oui &#187; que cela n'aurait pas chang&#233; grand-chose. Bien qu'il semble qu'au PCO, l'&#171; erreur r&#233;f&#233;rendaire &#187; ait pu jouer un r&#244;le non n&#233;gligeable dans sa disparition. Quoi qu'il en soit, l'&#171; erreur &#187; en question n'a s&#251;rement rien eu &#224; voir avec la disparition quasi compl&#232;te du mouvement marxiste-l&#233;niniste &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On a aussi dit que c'&#233;tait la lourdeur de leur organisation et, plus sp&#233;cifiquement, le caract&#232;re oppressif que cela repr&#233;sentait pour les femmes au premier chef. Et lourdeur il y avait &#8212; j'en ai parl&#233; plus haut. Mais, si on a pu parler d'oppression des femmes dans les organisations marxistes, c'est bien davantage en se r&#233;f&#233;rant &#224; un f&#233;minisme radical &#8212; qui souhaitait rien de moins que &#171; f&#233;miniser &#187; la politique ; alors qu'il s'agissait peut-&#234;tre davantage de l'humaniser &#8212; qu'en examinant les nombreuses mesures mises en place sur ce terrain, qu'en comparant ce qui se passait au sein du mouvement et ce qui se passait dans la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral. Bien s&#251;r, quand on veut &#233;liminer toute trace de discrimination &#224; l'&#233;gard des femmes en moins de douze mois, on risque fort de ne jamais se satisfaire d'un parcours lent et difficile, mais n&#233;anmoins g&#233;n&#233;ralement positif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour ce qui est d'EN LUTTE ! &#224; tout le moins, je crois que l'affaire est plus s&#233;rieuse, si je puis dire, en ce qu'elle concerne les assises id&#233;ologiques non seulement de ses activit&#233;s, mais de son projet m&#234;me. Alors quoi ? &#192; la lourdeur organisationnelle, au malaise des femmes, il faut encore ajouter deux facteurs qui ont concouru &#224; la remise en question du projet d'EN LUTTE ! : la stagnation du recrutement en milieu ouvrier qui se manifestait depuis la fin des ann&#233;es 1970 et, la &#171; cerise sur le g&#226;teau &#187;, la remise en question du marxisme-l&#233;ninisme tel que le pratiquaient EN LUTTE ! et bien d'autres organisations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;cart entre le discours d'EN LUTTE ! &#8212; et son action dans une cert a i n e mesure &#8212; et celui du mouvement ouvrier s'est creus&#233; du seul fait que le radicalisme du mouvement ouvrier s'est estomp&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 1970 : la p&#233;riode des grandes gr&#232;ves, des occupations d'usines, des barrages routiers (Saint-J&#233;r&#244;me, Sept-&#206;les) est chose du pass&#233;. Le pr&#233;sident Louis Laberge de la FTQ ne pr&#233;conise plus de &#171; casser le syst&#232;me &#187; : il concocte le projet de contribuer, &#224; m&#234;me les &#233;conomies des travailleurs, au financement de l'entreprise priv&#233;e pour cr&#233;er ou maintenir des emplois, et la CSN lui embo&#238;tera le pas quelques ann&#233;es plus tard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant ce temps, le discours des marxistes poursuit sa route comme si de rien n'&#233;tait. Il y a deux choses qu'il faut savoir distinguer : exprimer des opinions politiques et faire de la politique. N'importe qui peut, si c'est sa conviction, affirmer en tout temps la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution, travailler &#224; en faire la preuve et &#224; faire valoir ses opinions. Il exprime sa pens&#233;e ; libre aux autres de l'entendre. Faire de la politique, c'est travailler &#224; r&#233;unir le plus grand nombre de personnes autour d'un projet de transformation plus ou moins radicale de la soci&#233;t&#233;. Une telle entreprise ne peut pas se mener dans l'abstrait des principes ; elle se m&#232;ne dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e &#224; un moment donn&#233;. Les marxistes-l&#233;ninistes n'ont pas toujours su faire cette distinction. Finalement, je crois qu'EN LUTTE ! a connu une crise de conscience dont les tenants et aboutissants n'&#233;taient pas toujours clairs, une crise qui reposait sur le sentiment plus ou moins confus de la fragilit&#233; des bases th&#233;oriques de son id&#233;ologie. Pour faire court, EN LUTTE ! a &#233;chou&#233; dans sa d&#233;marche pour comprendre et expliquer la nature du &#171; r&#233;visionnisme &#187;, en d'autres termes pour comprendre l'&#233;volution, le parcours du mouvement communiste, malgr&#233; les efforts importants consacr&#233;s &#224; cette t&#226;che au cours des derni&#232;res ann&#233;es de son existence. Or, si on n'arrivait pas &#224; fournir une explication mat&#233;rialiste, coh&#233;rente, convaincante du r&#233;visionnisme, il devenait difficile, sinon impossible, de pr&#233;senter le marxisme-l&#233;ninisme, cens&#233; &#234;tre l'antidote du r&#233;visionnisme, comme une voie distincte de celle des communistes prosovi&#233;tiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au d&#233;part, le probl&#232;me se pr&#233;sentait comme suit. Suivant le grand Mao, le r&#233;visionnisme sovi&#233;tique r&#233;sultait de l'abandon des principes du marx i s m el&#233;ninisme par le Parti sovi&#233;tique et ceux qui suivaient la m&#234;me ligne, les p a rt i s italien et fran&#231;ais, tout comme ceux de l'Europe de l'Est, &#224; l'exception du Parti du travail de l'Albanie, dont le leader Enver Hoxha avait &#233;t&#233; le premier &#224; attacher le grelot &#224; propos du r&#233;visionnisme au sein du Kominform&lt;!-- htmlA --&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Le Kominform a remplac&#233; le Komintern, la 3e Internationale communiste, apr&#232;s (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;!-- htmlB --&gt;. Or le marxisme est une philosophie &#8212; ou une id&#233;ologie, si vous pr&#233;f&#233;rez &#8212; mat&#233;rialiste, qui explique l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s non pas par les id&#233;es, mais, au premier chef, par les conditions mat&#233;rielles qui y pr&#233;valent. A u t rement dit, l'id&#233;ologie dominante dans toute soci&#233;t&#233; est cens&#233;e &#234;tre le pendant, sorte de sous-produit, de l'ord re &#233;conomique et social qui s'y re t ro u v e . Je simplifie un peu les choses, bien s&#251;r, mais ainsi sont les contes : ils vont &#224; l'essentiel et laissent peu de place &#224; la dialectique. Rupture du discours convenu : l'&#233;volution de l'URSS et des pays de l'Est n'aurait pas &#233;t&#233; &#171; d&#233;termin&#233;e en derni&#232;re instance &#187;, comme disait le grand Louis Althusser (philosophe fran&#231;ais prestigieux dans les ann&#233;es 1960), par les nouvelles conditions &#233;conomiques et sociales mises en place par le pouvoir &#171; prol&#233;tarien &#187;, mais par les id&#233;es des dirigeants du parti. Question troublante pour un marxiste en lutte contre le r&#233;visionnisme, qui lutte contre le r&#233;visionnisme parce que, croit-il, celui-ci a pr&#233;sid&#233; &#224; l'&#233;chec du communisme en URSS et ailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais malgr&#233; le fait que le d&#233;bat ait surtout &#233;t&#233; men&#233; sur le terrain du r&#233;visionnisme, c'est toute la th&#233;orie de la r&#233;volution &#233;labor&#233;e par L&#233;nine et codifi&#233;e par Staline qui &#233;tait en cause. Plusieurs rejetaient alors le stalinisme et doutaient fortement &#8212; c'est le moins qu'on puisse dire &#8212; de la dictature du prol&#233;tariat comme forme de passage au socialisme. Il faudrait se rendre &#224; l'&#233;vidence que la r&#233;volution ne peut pas se r&#233;sumer &#224; un changement de la garde aux commandes de l'&#201;tat. Car le pouvoir est une r&#233;alit&#233; trop &#233;crasante et trop diffuse &#224; la fois pour qu'on puisse penser qu'il se retrouve enti&#232;rement entre les mains des puissants de l'&#233;conomie et de la politique. Mais cela fera l'objet d'un autre conte...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Personnellement, j'avais acquis la conviction en 1980 que le marxisme tel que remis en selle dans les ann&#233;es 1970 par des groupes comme EN LUTTE ! ne tenait plus la route&lt;!-- htmlA --&gt; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir mes textes Quelques le&#231;ons d'histoire, Pour une lutte cons&#233;quente contre (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;!-- htmlB --&gt;. Int&#233;rieurement, je r&#234;vais de brasser de nouveau les cartes de l'histoire pour en faire appara&#238;tre les enseignements de fa&#231;on moins &#233;troite. Entreprise colossale pour laquelle EN LUTTE !, en pleine crise politique et organisationnelle, ne constituait s&#251;rement pas le cadre appropri&#233;. L'humeur n'&#233;tait pas aux d&#233;bats th&#233;oriques &#224; EN LUTTE ! en 1980 ; elle &#233;tait aux critiques et aux r&#233;criminations de toutes sortes : faible p&#233;n&#233;tration dans la classe ouvri&#232;re, surcharge de travail, discrimination des femmes, &#224; quoi s'ajouta, en derni&#232;re heure, celle des homosexuels. La foire d'empoigne, quoi !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Un beau conte, vraiment ? &#187; me direz-vous. Eh oui ! Des milliers de jeunes gens, ici et ailleurs dans le monde, engag&#233;s dans une lutte pour transformer la soci&#233;t&#233; dans le sens d'une plus grande justice, d'une plus grande solidarit&#233; ; une lutte que personnellement j'ai v&#233;cue dans l'enthousiasme. Je savais pourquoi je me levais t&#244;t, pourquoi je me couchais tard. Je retrouvais mes camarades avec joie. Ensemble, nous allions quelque part ; nous savions o&#249; nous allions et pourquoi. Et nous avions des id&#233;es sur la fa&#231;on d'y arriver. On ne se posait pas trop de questions ni sur notre objectif, ni sur le sens de la vie, ni sur notre identit&#233;, je sais... On aurait d&#251;, sans doute. J'en conviens. Mais nous avions voulu aller trop vite et avons laiss&#233; tomber tout d'un coup les questions que les intellectuels, les &#233;crivains, les artistes, les historiens avaient pos&#233;es de diverses fa&#231;ons depuis la Deuxi&#232;me Guerre mondiale et jusqu'&#224; l'&#233;closion du mouvement de la jeunesse au d&#233;but des ann&#233;es 1960. Nous avions laiss&#233; tomber cette recherche consciente d'un nouvel humanisme en nous concentrant trop uniquement sur les conditions mat&#233;rielles de son av&#232;nement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un beau conte, s'il vous incite &#224; ne pas assassiner le Mozart qu'il y a en vous, &#224; ne pas vous isoler de votre entourage et &#224; mener la lutte les yeux grands ouverts.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette lutte est toujours devant nous, devant vous. Une lutte dans laquelle, je crois bien, seule la jeunesse peut s'engager avec enthousiasme, sans arri&#232;re-pens&#233;e. Et l'enthousiasme de la jeunesse, celle d'hier comme celle d'aujourd'hui, me convient mieux, tout compte fait, que la capitulation et le cynisme de plusieurs de mes contemporains &#224; la m&#233;moire s&#233;lective, au langage poli, politiquement correct, au discours convenu, insignifiant, ma&#238;tres de l'argutie et du lieu commun...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;!-- htmlA --&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;!-- htmlB --&gt;Ce texte a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; &#224; Montr&#233;al le 29 ao&#251;t 2003. Charles Gagnon &#233;tait le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral d'EN LUTTE ! Ndlr.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;!-- htmlA --&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;!-- htmlB --&gt;Charles Gagnon/L'&#201;quipe du journal, Pour le parti prol&#233;tarien, Montr&#233;al, L'&#201;quipe du journal EN LUTTE !, 1972, 1972 et 1975.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;!-- htmlA --&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;!-- htmlB --&gt;Sachez que lors du congr&#232;s de dissolution d'EN LUTTE ! en 1982, ses membres ont adopt&#233; une r&#233;solution stipulant que personne ne devait plus utiliser ce nom pour d&#233;signer un groupe ou une organisation politique. &#201;trange, non ? Nous sommes EN LUTTE ! Personne d'autre ne le sera... Regrets, nostalgie, fiert&#233; ? Allez donc savoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;!-- htmlA --&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;!-- htmlB --&gt;Le Kominform a remplac&#233; le Komintern, la 3e Internationale communiste, apr&#232;s la Deuxi&#232;me Guerre mondiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;!-- htmlA --&gt;[&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;!-- htmlB --&gt;Voir mes textes &lt;i&gt;Quelques le&#231;ons d'histoire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Pour une lutte cons&#233;quente contre le r&#233;visionnisme&lt;/i&gt; (mai 1980) et &lt;i&gt;Sur la crise du mouvement marxiste-l&#233;niniste&lt;/i&gt; (hiver 1981), des textes que mes d&#233;tracteurs n'ont certes pas lus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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