On a raison de se révolter

Congrès de la CSN

vendredi 15 novembre 2002 par André Vincent

À la fin mai dernier, plus de 1 500 militantes et militants syndicaux engageaient la CSN, à l’occasion de son 60e congrès, dans une perspective d’organisation des luttes syndicales pour contrer le néolibéralisme et les effets néfastes de la mondialisation des marchés.

Près d’une centaine de résolutions furent adoptées autour du thème Agir pour un monde solidaire avec un souci certain de répondre aux nouveaux besoins créés par les réorganisations du travail et un monde perpétuellement en changement dans tous les secteurs de la vie. Les nouveaux défis élaborés par la direction sortante étaient posés avec une conscience certaine des limites de l’action syndicale isolée, sans pour autant négliger les préoccupations et les tâches liées aux besoins des membres et des syndicats locaux.

Une authentique façon de penser et de vivre notre action syndicale au Québec pour sortir des sentiers battus de l’isolement, de la fragmentation, de la précarité, de l’incertitude, de l’indifférence, de la dépolitisation et même de la division, était au rendez-vous. Du secteur privé aux secteurs publics et parapublics, de la jeunesse à la vieillesse en tenant compte de tous les cycles de la vie, pour les familles, pour les femmes et pour les hommes, quelles que soient leur origine (autochtones, minorités visibles ou communautés culturelles) ou leur orientation sexuelle, pour les membres de la CSN et pour l’ensemble du monde syndiqué mais également pour les non syndiqués et pour les sans emploi, un nouveau chemin se dessinait.

Malheureusement, le congrès se trouvait dans une situation paradoxale. Tout en ayant un programme de revendications, alliant comme jamais auparavant unité et démocratie, les délégué-es se voyaient confrontés devant une élection à la présidence. La division suscitée à l’occasion de cette élection n’aura sans doute pas permis aux délégué-es d’aller de l’avant dans l’approfondissement des résolutions et dans leur appropriation tant cette élection a pris toute la place. L’enjeu était de taille sans toutefois ressortir dans les débats.

Quoi qu’il en soit, il faut espérer que les résolutions ne tomberont pas dans les limbes ou ne seront pas banalisées et que l’appel à l’unité à la fin du congrès ait été entendu.

La mondialisation

Dès l’ouverture, le ton était donné : le congrès entrait de plain-pied dans la mondialisation. La participation d’un représentant de la Fédération générale des syndicats de Palestine, de la secrétaire générale adjointe de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), de même que des représentantes et représentants de plusieurs syndicats des Amériques, de l’Europe, de l’Afrique et du Québec (CSQ, CSD, FIIQ, SFPQ) à l’exception, malheureusement, de la FTQ, reflétait bien la nature des combats auxquels le mouvement syndical est confronté .

Dès lors, le président de la CSN appelait à l’heure des convergences. À l’attention particulière du président de la CSD, il soulignait que sa présence’était une occasion de sceller définitivement une fissure vieille de 30 ans, question de clore une fois pour toutes l’histoire de la scission des années 70 et de poursuivre dans le camp du dialogue. De l’Argentine, en passant par la Colombie, Cuba et le Mexique, du Mali et de l’Algérie, de la France à la Belgique, au Portugal, à l’Italie, aux Pays basques, à la Pologne et au Québec, toutes et tous, soulignaient l’importance de la solidarité et du développement des liens qui doivent unir nos organisations.

La ZLÉA

En ce cens, la première résolution en débat à être adoptée par les délégué-es fut celle de respecter la proposition finale du Sommet des peuples tenu à Québec en avril 2001 qui dit Non à la ZLÉA !, tout en poursuivant des travaux à la réalisation d’alternatives pour une autre mondialisation. La CSN devenait ainsi la première organisation en Amérique du Nord à se prononcer contre la ZLÉA de façon très claire. Elle en a d’ailleurs défini un des moyens les plus sûrs : la nécessité de maintenir des alliances larges et de soutenir l’élargissement des fronts de lutte non seulement aux droits syndicaux mais aussi à l’ensemble des droits et des problèmes de développement.

Le moyen des convergences : les alliances

Sans conteste, on pouvait sentir un vent d’air frais. En effet, une des préoccupations, sous-jacente à tous les débats, a été celle des alliances et la volonté d’édifier des coalitions les plus larges possible, à la CSN, au Québec et ailleurs dans le monde.

Ces alliances n’allaient pas sans appuis : appui aux groupes environnementaux pour faire respecter les engagements de Kyoto ; aux travaux de la Marche mondiale des femmes, au Collectif pour une loi sur l’élimination de la pauvreté, au développement d’un réseau d’alerte et d’interventions pour les femmes dans le monde aux prises avec de graves situations d’injustice de violence et d’exploitation.

N’allaient pas non plus sans une participation à certains mouvements ou campagnes comme d’entreprendre des démarches syndicales conjointes à l’égard de la réduction de la semaine de travail, à l’égard de l’équité salariale pour les femmes non syndiquées ; ou celle également proposée de concert avec les organisations syndicales, communautaires et populaires au Québec (et au Canada) pour réhabiliter le programme d’assurance emploi ou pour combattre la privatisation des services publics ; enfin, plus large encore celle de la consultation populaire à la grandeur des Amériques sur le projet de la ZLÉA, de la participation à des journées internationales d’action pouvant aller jusqu’à la grève politique et enfin au renforcement du mouvement féministe international par l’organisation d’une autre grande action à l’échelle mondiale.

On ne peut passer sous silence, la plus structurante de toutes ces alliances au Québec, au sein du mouvement syndical lui-même : sous le thème de recomposition de nouveaux rapports de force : Que la CSN recherche avec la FTQ, la CSQ et la CSD la mise sur pied d’une coordination intersyndicale afin de partager des analyses et entreprendre des actions unitaires sur des enjeux politiques, économiques et sociaux et poursuive ses initiatives, dans le respect des objectifs qu’elle défend, en vue d’adhérer à toute alliance avec les groupes communautaires et les forces sociales et progressistes au Québec, au Canada et à l’échelle internationale, et qu’elle contribue à en créer, et ce, en prenant soin, dans une autre proposition, de redynamiser la vie syndicale, par une vaste opération de débats et de consultations sur les moyens pour améliorer la participation à la vie démocratique, à tous les paliers, y compris au niveau local.

La CSN passait en mode unitaire et tentait de donner un sens à l’organisation concrète de son projet de société. Audacieuse, elle a soumis au congrès un projet d’action politique qui fut largement adopté.

L’action politique

Constatant l’absence au Québec d’un parti démocratique représentant les intérêts de la vaste majorité de la population laborieuse plaçant l’ensemble des forces progressistes dans un vide politique ; poussée vers cette réflexion par une base militante qui a fait l’analyse du cul de sac des sommets économiques du milieu des années 90 et de la critique à l’égard de la concertation ou du partenariat sans réelle mobilisation, couplée à une démobilisation sur une question nationale usée parce que portée par un parti au pouvoir coupé des réalités sociales, la CSN adoptait le principe de la nécessité de former une alternative politique au Québec en rupture avec le néolibéralisme.

Elle s’est engagée à travailler à la création des conditions favorables à son émergence comme : la promotion de la réforme du mode de scrutin et des institutions politiques actuelles ; l’établissement d’un vaste programme d’éducation politique ; l’édification des coalitions les plus larges possible et favoriser l’implication de militantes et militants sur leurs propres bases en respectant l’indépendance de la CSN ; enfin, l’animation d’un débat sur l’avenir de la démocratie en ayant comme priorité une réflexion sur le rôle de l’État et sur la représentativité des femmes dans des fonctions électives.

L’heure des convergences

Le débat est déjà enclenché pour les prochaines élections. La montée de l’ADQ et la déconfiture du PQ appelle plus que jamais le mouvement syndical et les forces progressistes (entre autres, du mouvement des femmes et du mouvement populaire et communautaire) aux convergences. En ce sens les grandes orientations et les revendications adoptées au congrès de la CSN sont une trace qu’il ne faut pas perdre de vue.

Les militantes et les militants engagés, au-delà des simples réformes, au-delà des défenses d’un appareil, doivent tirer le bilan de ce congrès et agir sur le sens profond des résolutions. Nos luttes doivent être dirigées contre le néolibéralisme et les abus de pouvoir des gouvernements, entreprises et institutions. Un cri de rassemblement a été lancé. Ne le laissons pas se perdre dans la vaine politique.

On peut retrouver l’intégralité des résolutions sur le site de la CSN à l’adresse suivante : http://www.csn.qc.ca/

Quelques résolutions pour améliorer les conditions de vie et de travail et en humaniser l’existence :
-  Augmentation du salaire minimum ;
-  Aménagement du temps et des postes de travail sur tout le cycle de la vie active ;
-  Réduction de la semaine de travail sans perte de salaire ou de pouvoir d’achat, de droits ni d’avantages sociaux ;
-  Mécanismes pour empêcher les licenciements massifs ;
-  En santé-sécurité : priorité à la santé mentale, mais aussi à la prévention et aux violences et harcèlements au travail, de même qu’une préoccupation pour le télétravail ;
-  Congé payé pour responsabilités parentales ; mesures pour concilier travail et famille ;
-  Clauses de négociation pour réduire la sous-traitance ;
-  Refus de signer toute entente pour se retirer de la protection de l’article 45 ;
-  Interdiction d’utiliser de la surveillance clandestine au travail ;
-  Attention particulière aux travailleuses oeuvrant dans des milieux non traditionnels ;
-  Libre choix à la retraite ;
-  Reconnaissance des syndicats sur des comités paritaires : formation continue, retraite, matières résiduelles en environnement ;
-  Transparence économique des entreprises ;
-  Refus de la privatisation des réseaux publics ;
-  Financement pour répondre aux besoins de la population ;
-  Revalorisation de l’enseignement ;
-  Mission des CLSC comme service de premières lignes en matière de services à domicile ;
-  Répartition des effectifs médicaux ;
-  Syndicalisation des secteurs d’économie sociale tout en refusant une substitution des emplois par le désengagement de l’État du réseau public ;
-  Approfondissement des connaissances sur la mondialisation et ses effets, notamment en ce qui concerne la précarité des emplois pour les femmes et les jeunes ;
-  Actualisation des politiques de négociation à l’égard des revendications ;
-  Prise en compte de la gestion prévisionnelle de la main-d’œuvre et des âges ;
-  Équité d’accès à la formation ;
-  Assurer l’application de la Loi sur l’équité salariale
-  Mettre l’accent sur le développement social dans le développement régional et local ;
-  Promouvoir et soutenir des pratiques d’investissement et de placement socialement responsables ;
-  Augmentation de la prestation en cas de grève ;
-  Faire le point sur l’avenir du dollar canadien et ses effets sur les droits économiques et sociaux des travailleuses et des travailleurs, plus spécifiquement la protection du niveau de vie. Et encore :
-  Position contre la levée du moratoire sur le développement de places en garderies privées ;
-  Réinvestissement dans la construction de logements sociaux ; renouvellement du programme de suppléments au loyer ;
-  Congé parental pour enfants malades et allocation de présence parentale ;
-  Appui à la Palestine et au peuple Colombien pour la défense des libertés syndicales et des droits humains.


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