On remet cela : « Résistances et initiatives syndicales, 1972-2005 »
Dans la foulée du 6 juin, le comité d’organisation de « On a raison de se révolter » prépare une prochaine table-ronde, pour le 15 septembre. Nous allons aborder les perspectives des résistances et des pratiques syndicales qui s’organisent contre la « réingénierie » néolibérale. Des militant-es des nouvelles générations militantes dans le secteur public comme dans le secteur privé seront présents, ainsi que des « témoins » des mobilisations passées (notamment de la grève générale du printemps 1972). Dès le début d’août, nous serons en mesure de vous informer des détails.
La grève du printemps 2005 : une fracture
Selon les intervenants de la table-ronde du 6 juin, cette grève a constitué un « moment de fracture » dans la société, non seulement par son ampleur (la plus grande grève de l’histoire du mouvement étudiant), mais aussi par sa thématique, son enracinement, voire son style organisationnel. Le fait qu’une vaste majorité de la population se soit reconnue dans la grève doit refléter dans une large mesure le victoire du mouvement dans la « bataille des idées » contre l’État et la classe dominante actuellement. C’est donc une grande victoire, bien au-delà des gains économiques qui par ailleurs n’ont pas été négligeables. On a observé sur ce point que seul le mouvement étudiant a réussi à faire reculer le gouvernement Charest sur cela alors que les grandes mobilisations syndicales de 2003 et de 2004 ont tout au plus ralenti le bulldozer.
Continuités et ruptures du mouvement étudiant
La discussion du 6 juin a permis d’éclairer la trajectoire du mouvement en soulignant un certain nombre de différences importantes. D’abord au niveau social ou sociologique, la grande précarité de la « condition étudiante » actuelle dans un contexte où les étudiants sont en même temps majoritairement des travailleurs précaires et face à un système universitaire chambranlant et déclinant. Ensuite au niveau des langages et des utopies qui nous portent, Alors que le mouvement de 1968 baignait dans la grande vague des luttes révolutionnaires un peu partout dans le monde, celui de 2005 n’est pas porté par cet espoir de grandes transformations, du moins à court terme. Pourtant depuis quelques années (Marche des femmes, Québec 2001, manif contre la Guerre en Irak), la vague de mobilisation sociale est très forte. De l’« altermondialisme » au refus du néolibéralisme, un grand chemin a été parcouru, dépassant dans une large mesure les « attentes » des militant-es et des groupes organisés. La question doit continuer à être posée : est-ce qu’il émerge un « nouveau » mouvement social capable de confronter le capitalisme et l’impérialisme et de proposer une alternative ???
Un mouvement impulsé par l’innovation
Les participants au débat du 6 juin ont rappelé que la grève du printemps 2005 n’était pas née spontanément, qu’elle trouve ses racines dans la réorganisation du mouvement depuis quelques années, à travers un « travail de fourmi » intense qui s’est fait dans les institutions et qui a largement débordé le cadre des organisations étudiantes existantes, à commencer par la FAEUQ et dans une certaine mesure la FEQ. L’ASSÉ a eu l’audace et l’imagination de faire elle-même « sauter sa baraque » en incluant les assos étudiantes dans un processus de mobilisation élargi qui est devenu finalement la CASSÉÉ. Le mouvement a eu également l’intelligence de combiner des mobilisations de masse avec un travail d’explication et de débat, sans « forcer la dose », et en évitant des « débordements » qui auraient pu être dommageables (la casse lors des manifs, par exemple). D’autres participants au débat du 6 juin ont soulevé la question si dans une certaine mesure, le mouvement s’était lui-même auto-limité et presque auto-censuré pour éviter d’être marginalisés par les médias.
Soyons réalistes, demandons l’impossible
C’était le slogan de 1968 et au-delà du folklore qu’il incarne, il continue à être un point de repère. En 2005, les étudiants ont mis de l’avant des revendications en apparence « irréalistes », la gratuité scolaire notamment. Pas si irréaliste que cela finalement, puisque c’est tout le débat sur l’éducation (« l’éducation n’est pas une marchandise ») qui a été relancé par cela. Comme en 1968 lorsque la revendication principale était l’inclusion et le débordement du système archaïque et quasi féodal qui encarcanait les étudiants.
Regarder vers l’avant
Chose certaine, les évènements du printemps 2005 auront des impacts à court et à moyen terme, si ce n’est de relancer la mobilisation à l’automne prochain, au moment où le monde de l’éducation risque d’être la scène de grandes confrontations. Plus encore, des syndicalistes (mais pas nécessairement des organisations syndicales) ont regardé les étudiants aller et se sont demandé banalement, « si eux le font, pourquoi pas nous ?!? ». Après les grandes grèves étudiantes de 1968 s’est produit un phénomène semblable de « contamination » de l’esprit de révolter, d’organisation, d’innovation. Se repose alors et sous un éclairage drôlement différent la question des alliances sociales dans le contexte d’un mouvement large, inclusif, propositionnel, hégémonique. Ce seront en tout cas des questions que nous reposerons bientôt.
« On a raison de se révolter » : la suite...
Le comité d’organisation de « On a raison de se révolter » travaille présentement sur divers chantiers, dont l’un est de mettre en place un site internet qui sera à notre image militant, pluraliste, réflexif. On voudrait par exemple synthétiser les discussions du 6 juin et produire un compte-rendu plus exhaustif, avec en parallèle une petite base documentaire (des textes reflétant les débats et la trajectoire du mouvement étudiant de 1968 à aujourd’hui. Si les conditions le permettent, nous aurons donc bientôt cet outil qui pourra complémenter nos débats et aussi inclure une plus grande « population ». En plus tel qu’annoncé, nous organiserons de nouveaux débats sont celui du 15 septembre. Il y aura par la suite d’autres thématiques abordées (le mouvement communautaire, les relations mouvements-partis, la question municipale, etc.). Finalement, nous verrons avec nos camarades des mouvements si des processus de formation « rapprochés » sur l’histoire et les itinéraires du mouvement populaire (y compris évidemment le mouvement étudiant) peuvent être développés.
Pour nous rejoindre
Vous pouvez utiliser le formulaire de messagerie disponible sur ce site ou adresser directement votre message à l’adresse suivante : onaraisondeservolter@mobilisation.org.
Bien sûr nous voulons vous entendre sur ce que nous avons fait à date (le débat du 6 juin) et sur ce que nous pourrions faire plus tard.
Bon été et bonnes vacances à ceux et elles qui peuvent en profiter !
