On a raison de se révolter
Les prochaines négociations dans le secteur public

La réingénierie contre les services publics

mardi 7 octobre 2003 par Victor Courtemanche

Les prochaines négociations dans les secteurs public et parapublic devront confronter le plan de réingénierie de l’État que le Parti libéral du Québec veut présenter dès cet automne. Là réside l’essentiel des caractéristiques politiques de la conjoncture des négociations dans le secteur public. Ce plan, nous dit-on, procédera à une refonte majeure de l’État. Parmi les dispositifs pour pousser plus loin les politiques de désengagement de l’État, se trouvent la sous-traitance et la privatisation des services. Les opérations dans le code du travail à cet égard seront déterminantes dans l’issue de la lutte du mouvement syndical.

Juste avec cet élément de la conjoncture, un potentiel d’affrontement majeur peut se dessiner. Les journaux actuellement exploitent le sensationnalisme d’une telle épreuve appréhendée. Cela démontre à quel point le gouvernement devra heurter les travailleuses et les travailleurs du secteur public pour arriver à ses fins.

Les principales cibles du plan de réingénierie

Parmi les principales cibles du plan de réingénierie en regard du personnel, on retrouve au premier rang le personnel de la fonction publique, principalement organisé par le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ). C’est la composante syndicale qui connaîtra vraisemblablement les attaques les plus importantes. En effet, si les priorités du nouveau gouvernement sont suivies à la lettre, la réingénierie frappera en particulier tous les secteurs autres que ceux de la santé, sa principale priorité, et de l’éducation.

Mais ce ne sera pas le seul groupe ciblé par la réingénierie. En effet, le personnel professionnel, le personnel auxiliaire ou de soutien, celui qui n’est pas lié directement au service premier de l’institution ou de l’établissement, seront aussi susceptibles de goûter à la médecine du désengagement, de la sous-traitance et du partenariat privé-public. Dans la correspondance de la ministre Jérome-Forget du Conseil du trésor, rendue publique par la Coalition solidarité santé, elle demande aux différents ministres du cabinet de Jean Charest, pour chacun des programmes de leur ministère, s’il est toujours pertinent, s’il est d’intérêt public, et s’il représente une mission essentielle de l’État [1].

Du côté syndical, on prédit le pire. On tente bien d’identifier les différences avec d’autres gouvernements conservateurs mais on revient toujours à comparer l’offensive appréhendée du gouvernement Charest à celle vécue en Ontario, en Alberta ou en Colombie Britannique. En effet, les commentaires de porte-parole des syndicats doivent être analysés dans ce contexte et indiquent que les politiques du nouveau locataire à Québec ne sont pas de leur goût. Toutefois, leurs propos ne traduisent pas l’état réel des préparatifs car la réponse syndicale demeure fragile malgré leur fermeté apparente et leur adhésion à l’idée d’un front commun.

Des épreuves de force malgré des délais incontournables

Les épreuves de force entre le mouvement syndical et le gouvernement de Jean Charest ne sont pas pour l’automne qui vient. En effet, le gouvernement a annoncé vouloir prendre le temps qu’il faut pour présenter ses projets de réingénierie mais aussi pour organiser son approche des prochaines négociations. Mais le rythme des prochaines négociations dans le secteur public sera certainement marqué par de nouveaux délais. En effet, au delà des difficultés d’harmonisation entre organisations syndicales, l’opération portant sur les fusions d’accréditation repoussera à coup sûr le momentum de la négociation.

Dans un tel contexte et malgré les projets de réforme en santé, la période qui vient doit servir aux militantes et aux militants à préparer les membres à une plus forte polarisation des relations de travail dans les services publics. Dans l’épreuve de forces qui invariablement se développera avec la mise en place de la réingénierie, la perspective de la grève est un scénario qui peut devenir incontournable.

En effet, entre les projets du gouvernement et ceux des organisations syndicales sur l’avenir des services publics, un fossé tend à se creuser. Le caractère politique des prochaines négociations dans le secteur public tient donc aussi à cette épreuve de force entre deux visions des services publics et de l’État. La défense d’une conception démocratique des services publics sera donc un enjeu majeur des prochaines négociations dans le secteur public. Or, la manière dont les choses se préparent actuellement du côté des syndicats est déterminante pour créer la confiance nécessaire pour dégager une mobilisation qui réponde de façon conséquente aux enjeux.

[1] Révision des structures de l’État et des programmes gouvernementaux dans le cadre de la réingénierie de l’État québécois - Guide à l’intention des ministères », Secrétariat du Conseil du Trésor, juillet 2003.


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | visites : 47713

RSS RSSfr

Site réalisé avec SPIP 1.8.3 + ALTERNATIVES