On a raison de se révolter

Une grève passée sous silence

samedi 15 mars 2003 par Pierre Klépok

En novembre 2001, dans une explosion de colère, 175 ouvriers de l’usine de structure d’acier Mométal à Varennes avaient cessé « illégalement » le travail, suite aux attaques répétitives du patron contre le syndicat. « C’était un système discriminatoire mis en place contre les délégués du syndicat, nous subissions les provocations des têteux de boss, du genre : You fucking bastards, what the fuck is your problem », nous a expliqué Mariano Ariete, président du syndicat affilié à la CSN. Ignorée de l’opinion publique, absente des presses écrite et parlée, cette grève « illégale » a duré moins d’une dizaine de mois et a été passée sous silence par les bien-pensants qui en redoutent la contagion et l’exemplarité. En parlant de cette grève rapidement oubliée, nous tenons à démentir le discours dominant sur les syndicats de bases devenus tous soit disant plus « pragmatiques ».

« Le problème dans l’usine, c’est que 64 griefs ont été déposés pour faire respecter l’ancienneté. Pas besoin d’être le têteux du boss pour accéder à une promotion, on a fait plus de 7 mois de grève, d’octobre 1999 à juin 2000, justement pour mettre fin à un système de favoritisme, pour que l’affichage obligatoire soit inscrit dans la convention collective », a ajouté Mariano Ariete. Entre le retour au travail et le déclenchement de la deuxième grève, le patron n’en a fait qu’à sa tête. Il a sanctionné et fait surveiller fortement la production pour contraindre les ouvriers à accepter sa discipline du travail. Le boss n’a jamais respecté les clauses plus restrictives de la convention collective envers son droit de gérance, tout ce qu’il voulait, c’est passer par-dessus le syndicat. Cette offensive patronale visait surtout à briser violemment les reins d’un syndicat jugé trop militant.

Un arsenal de sanctions juridiques

C’est suite à la suspension de Mariano Ariete que les syndiqués ont spontanément débrayé à l’européenne. Ils ont voté à 98% en faveur d’une grève de protestation. Selon les dispositions du Code du travail du Québec, la grève est interdite pendant la durée d’une convention collective et les mesures anti-briseurs de grève ne s’appliquent donc pas. Dès lors, le boss à eu recourt à l’expulsion des grévistes à l’entrée de l’usine en faisant appel aux forces policières, pour protéger la centaine de « scabs » qui franchissaient matin et soir les lignes de piquetages. Le patron a fait également appel à l’arsenal judiciaire pour tenter de briser la résistance des grévistes, en utilisant les injonctions : il avait obtenu une ordonnance du tribunal pour forcer le retour au travail, ainsi que le pouvoir de limiter à 6 le nombre de piqueteurs. De plus, une action en dommages et intérêts de 40 000$ pour chaque jour de grève a été engagée contre le syndicat et les grévistes. Et comme si ce n’était pas assez, 16 requêtes pour outrage au tribunal ont été déposées contre les délégués et sur le coup 149 membres du syndicat ont été congédiés.

La dure réalité du système

« Le boss a eu une dent contre nous autres, il n’a jamais accepté le règlement du dernier contrat de travail. Il a eu le bon bout du bâton, mais nous avons toujours été là, solidaires. Descendu à 24 grévistes sur les lignes de piquetages, nous avons malgré tout, fait ce qu’on a pu », conclut Mariano Ariete. Derrière ce conflit, la CSN a soutenu à 100% les grévistes en leur versant des prestations de grève de 250$ par semaine. Alors que nul ne devrait juridiquement pouvoir être sanctionné pour activité syndicale ou pour fait de grève au Québec, un regard même rapide sur cette lutte ouvrière atteste du contraire. Avertissements, mesures disciplinaires et congédiements ont frappé durement les syndicalistes et les grévistes. Après plusieurs mois d’affrontements avec les fiers à bras et les « scabs », la majorité des salariés ont décidé de mettre fin à leur lutte et partir travailler ailleurs, non sans amertume. En contre partie, la CSN a obtenu de la direction de l’entreprise qu’elle laisse tombée toutes les poursuites judiciaires contre ses membres en grève « illégale ».

Garantir et protéger le droit de grève

Dans les sections syndicales les plus diverses, dans toutes les activités laborieuses, contrairement aux affirmations des tenants du « partenariat », la grève, dernier recours de la classe ouvrière, ne cesse d’être présente, « sauvage » ou non, même au Québec. Tous les syndicalistes qui ont une conscience de classe, savent que le droit de grève doit être légal en tout temps, même durant l’application d’une convention collective, comme c’est le cas dans la plupart des pays industrialisés d’Europe. En France, par exemple, le droit de grève est constitutionnalisé. Le Code du travail du Québec devrait au moins reconnaître le droit de grève, dès qu’il y a grief collectif. Cela éviterait d’autres injustices comme celles vécues par les ouvriers de Mométal.


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