mercredi 18 décembre 2002 par Guy Roy
Je crois que les gens sont effectivement désabusé-e-s, désillusionné-e-s face à la politique traditionnelle, mais ce n’est pas nécessairement négatif. Je m’explique : la conclusion que l’on peut aussi en tirer c’est que ces gens ne sont plus abusé-e-s, intoxiqué-e-s ou désinformé-e-s par le discours officiel. À mon avis, la FTQ ne devrait pas plus le reprendre ce discours, dans les faits pro-PQiste, afin de bien démarquer ce qui est à gauche et ce qui ne l’est plus !
Ce qui vient avec le vocabulaire sur la gauche et la droite n’est nullement suivi d’une analyse réaliste de ce qui départage le discours de gauche des politiques néolibérales appliquées par les États. Ces États qui restent toujours des « rouages de notre exploitation », même au Canada et au Québec. Cette confusion dans les termes apparaît ironiquement et soudainement en pleine préparation des prochaines élections, prochaines élections qui détermineront qui sera au pouvoir. Tout de suite, établissons qu’il s’agira d’un des trois partis néolibéraux avec comme contrefort « l’opposition loyale » des deux autres. Une politique vraiment indépendante de la FTQ irait à contre-courrant de la droite montante (et peut-être vite défaite) si elle reprenait, par exemple, une promesse de trente ans du PQ sur la proportionnelle, de manière à en faire un enjeu AVANT les élections. L’élargissement des droits démocratiques au Québec serait sans doute la meilleur arme contre le point de vue de droite véhiculé par nos trois partis néolibéraux. Ce n’est qu’un exemple. Il y en a beaucoup d’autres pour ceux et celles qui surveillent de près les débats à gauche.
Nous ne sommes plus au temps des créditistes d’extrême droite. Si on prend la peine d’expliquer la démarcation gauche-droite, tout en s’en tenant à une position de gauche pour l’illustrer, nous ferons de l’éducation politique plus importante, plus stratégique, pour atteindre, et à court terme, et à long terme, nos objectifs des défendre, et dans l’immédiat, et pour les prochaines années, les intérêts des travailleur-euse-s. Landry a été incapable de discipliner le patronat québécois. Les travailleur-euse-s de Vidéotron en paient le prix ! C’est une conséquence du virage à droite du PQ.
Il ne s’agit pas seulement de « punir le PQ », mais d’expliquer courageusement et ouvertement les conséquences pour le mouvement ouvrier de toutes les politiques néolibérales de droite. Elles doivent toutes être sanctionnées dès maintenant, et elles sont loin d’être exclusives à l’ADQ, peu s’en faut. Parce qu’au fil des ans, ces politiques, comme celles de Reagan, par exemple, se sont retrouvées dans les plans de gestion de tous les États du monde en passant de Clinton, Bush-père et, finalement, chez Bush-fils. De l’Alliance Canadienne, elles se sont retrouvées dans les programmes des Conservateurs, puis des Libéraux. Elles ont entraîné la soumission aux politiques américaines aboutissant au renforcement des stratégies militaires d’une armée canadienne ayant déjà occupée le Québec. Qui l’a oublié ?
Si la gauche syndicale n’a pas ses propres politiques, le PQ qui se retrouverait au pouvoir, restera libre d’appliquer, avec une fausse crédibilité sociale-démocrate, le programme de l’ADQ. N’a-t-il pas repris les politiques de déficit zéro imposées au monde par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International.
L’indépendance politique ne consiste pas à faire croire que nous pouvons gagner nos revendications dans une campagne électorale sans lutte, ni surtout en appuyant, par la négative, le moins pire des partis, qui pourrait illusoirement reprendre ensuite le programme syndical minimum. Toutes les réalisations actuelles du PQ, comme l’éventuelle proportionnelle « après les élections » (comme il fut assez longtemps promis que tout ça se réaliserait « au lointain avènement de l’indépendance ») ou la gratuité scolaire, étaient des positions de programme depuis trente ans alors qu’ils ont préféré en différer l’application jusqu’à la mobilisation populaire du peuple québécois. Sans la mobilisation des jeunes, par exemple, au Sommet de la Jeunesse sous Bouchard, où nous avons été gazé-e-s par la police du PQ, oseraient-ils seulement parler de gratuité scolaire ! Le PQ sort maintenant sa baguette magique de promesses (paradoxal pour un Landry qui aime dénoncer la « pensée magique ») pour nous étourdir de propositions qui ne se réaliseront vraiment que si nous persévérons dans des actions extra-parlementaires en mobilisant nos membres. Tous les montants qu’ils trouvent maintenant sont le fruit de coupures brutales en santé et en éducation et dans les autres services publics qui ont accentué la paupérisation des Québecois-e-s. Ce ne sont pas des décisions qui se sont prises à Ottawa cette fois-ci. Il s’agit d’une stratégie strictement électoraliste sans grande conséquence pour eux. Nous ne pouvons pas nous permettre d’aller ainsi d’élections en élections pour défendre les intérêts de nos membres. Notre action politique doit avoir un caractère permanent. Et elle doit avoir les moyens de ses prétentions.
Tous gains sur tous les fronts sont importants. Est-ce que ce que cède l’État devrait être pris comme positif pour le pouvoir (« un bilan pseudo-progressiste » du PQ) ou ne serait-ce pas plutôt le fruit de notre travail politique indépendant, sur la place publique, où nous avons confronté l’État québécois ? Tout est à prendre comme enjeux de lutte, car la vie chère, les lock out, le chômage, ... provoqués par la crise économique et politique qui est en train de s’installer de façon persistante, sont sérieux et affectent tou-te-s nos membres du public ou du privé. Au tour du patronat de faire les concessions, nous en avons assez encaissées !
Cette position conséquente par rapport aux positions antérieures de la FTQ pour que ne soit pas remise à jamais la construction d’un mouvement réellement de gauche, indépendant des trois partis traditionnels, est de première importance
Il faut faire preuve de plus de clairvoyance et de courage que la direction actuelle de la FTQ.
L’apparition et la montée d’un parti d’extrême droite est une bénédiction pour le PQ qui s’empresse de faire dévier les débats sur ses performances désastreuses pour le peuple travailleur québécois. Il se présente comme un des deux ou trois policiers en train de cuisiner un accusé (qui serait, dans mon exemple, le peuple québécois lui-même qui est selon certains trop peureux, trop mou, ... trop soumis pour résister à la provocation, soi-disant). Un de ces policiers te brasse et l’autre se présente comme capable de modérer son confrère si seulement tu acceptes de collaborer. À mon avis, nous ne devons collaborer avec aucun des trois partis néolibéraux qui nous préparent sournoisement à un pouvoir auquel nous serons confronté-e-s, d’une manière ou d’une autre, pour faire avancer la cause ouvrière. Il est grand temps de s’y mettre en toute indépendance.
Encore une fois, il faut faire une nette distinction entre ce qui est vraiment progressiste et ce qui n’est qu’une utilisation de ce discours pour concentrer plus de pouvoir entre les mains du patronat, du Québec Inc.
Souvenez-vous de ces promesses sur la « civilisation des loisirs ». Où en est donc la revendication de la semaine de 32 heures payées 40 avec embauche compensatoire ? On parle de vieillissement de la population, mais où sont les emplois pour les jeunes qui ne soient pas précaires et mal payés ? Une loi contre les fermetures d’usines ? ... Est-ce que nous nous retrouverons, comme en santé-sécurité, avec un pouvoir amoindri pour les délégué-e-s syndicaux quand ils-elles veulent faire appliquer ces lois ? Souvenons-nous de la loi 17 où la revendication du droit collectif d’arrêter de travailler a été remplacée par celle du droit individuel, sous la pression du PQ, droit individuel qui laisse les travailleur-euse-s seul-e-s à la merci de l’employeur donc, beaucoup plus difficilement applicable. Avec une loi contre les fermetures d’usine, nous contenterons-nous de compensations monétaires individuelles, une sorte de taxe au chômage ou aux délocalisations, ou y aura-t-il de prévu dans la loi des obligations pour le patron pour réduire le temps de travail en cas de modernisations, de former les travailleur-eus-es aux nouvelles technologies ou de réduire le temps de travail, sans pertes de salaire et avec embauches compensatoires, ... de manière à mettre l’ouvrièr-e-s à l’abri des fermetures qu’imposent la mondialisation ?
La liste est longue des promesses trahies par le système capitaliste. Les trois partis néolibéraux au Québec n’ont aucun objectif de les remettre à l’ordre du jour afin de les réaliser. Nous n’avons plus rien à en attendre. C’est en comptant sur nous-mêmes et en gagnant nos membres à l’action politique indépendante que nous ferons progresser le Québec plutôt que de rester accroché-e-s à un parti du passé et du statu quo.
Guy Roy délégué FTQ à la base.