On a raison de se révolter

Oui, nous sommes capables d’agir en intersyndicale !

vendredi 6 novembre 1998 par Serge Roy

Le déficit "zéro" a été une erreur stratégique importante du mouvement syndical, y compris de la part de notre organisation. On doit rappeler aussi que des groupes se sont retirés des conférences socio-économiques en octobre 1996 et ont indiqué le piège après l’avoir vu. Mais le monde syndical, le voyant, n’a pas voulu se retirer. Je ne dis pas qu’il y a eu de la mauvaise foi, mais je dis que c’est certainement une erreur grave.

Derrière cet objectif, il y a une remise en question du rôle de l’État. Les analyses syndicales sont convergentes et on peut développer quelque chose de rassembleur autour cette question. D’autant plus que les effets de cette politique sont catastrophiques dans la santé et l’éducation. Et ce l’est aussi pour l’ensemble de la fonction publique. Les médias n’en parlent pas souvent. Ce n’est peut-être pas aussi sensationnaliste, mais les effectifs et le budget du ministère de l’Environnement, par exemple, ont été réduits de 40 % au cours des 3 ou 4 dernières années. La capacité du ministère d’assumer ses responsabilités est réduite à presque rien. Le ministre responsable de l’environnement, en parlant de la consultation sur la politique de l’eau, enjeu aussi important que la santé, a déclaré qu’il ne pouvait se prononcer à l’avance sur le caractère public de l’eau ! Si l’eau ne fait pas partie des biens publics, on peut alors tout privatiser, même l’Assemblée nationale ! Un tel discours public traite les services à la population comme s’il s’agissait de la gestion d’une machine à saucisse.

Il faut que le monde syndical et les mouvements sociaux se rassemblent afin de se battre pour l’ensemble des services publics, et pas seulement la santé et l’éducation. Ça peut constituer un élément rassembleur comme perspective. Les réalités sont différentes dans les réseaux de la santé, de l’éducation et de la fonction publique et les revendications sectorielles sont également disparates. Si on voulait des revendications unitaires et rassembleuses, il aurait fallu y penser à l’avance, aller voir les membres avant et mettre tout le monde en débat sur des objectifs communs.

La question centrale, selon moi, qui marque la situation actuelle est la suivante : sommes-nous capables d’agir en intersyndicale ? Les chefs syndicaux ont de la difficulté à le faire. C’est encore plus difficile lorsqu’il s’agit de travailler avec les organisations syndicales indépendantes, à tout le moins avec les trois principales, le SFPQ, le SPGQ et la FIIQ. Ces dernières sont "condamnées" à travailler entre elles et à maintenir une dynamique qui donne les apparences de la division entre le syndicalisme affilié et le syndicalisme indépendant. À mon avis, c’est un problème important du mouvement syndical, sur lequel il faudra être capable de débattre correctement, dans le respect des groupes, des avenues qui pourraient être envisagées pour solutionner cette question. Cette problématique a un lien évident avec les négociations du secteur public puisque le syndicalisme indépendant représente au-delà de 130 000 membres syndiqués, dont 100 000 sont regroupés dans les trois principales organisations. On ne peut pas continuer d’ignorer ce phénomène pour mettre en place des stratégies gagnantes les plus unitaires possibles.

On peut s’appuyer sur les convergences d’intérêts et sur certaines revendications. Les régimes de retraite en constituent une qui amènera obligatoirement les parties à une même table ultimement, puisqu’il y a une loi qui régit cette question. Il y a d’autres points comme les droits familiaux ou "parentaux". Aussi, la question de la sous- traitance et du développement de partenariat avec le secteur privé est un autre enjeu qui suscite des revendications convergentes dans les réseaux. C’est une problématique majeure qui nous concerne en particulier. Les solutions ne sont peut-être pas les mêmes mais la problématique nous rassemble. De plus, 30 % du personnel que nous représentons au SFPQ a un statut précaire, n’a pas de sécurité d’emploi et n’a pas les mêmes conditions de travail que les autres. Partout dans les réseaux, il y a une problématique semblable. Il y a aussi toute la question du maintien des emplois, c’est-à-dire la nécessité de mettre un frein aux coupures d’effectifs dans l’ensemble des services publics et parapublics. Vous pourrez compter sur moi pour pousser les grandes organisations à élargir l’unité. Un projet d’états généraux du mouvement syndical demeure une perspective d’actualité. Toutefois, à court terme, nous allons exiger d’être à la même table au moins pour les questions de retraite et nous réussirons. Les six organisations étaient ensemble lors des discussions des compressions de 6 % des coûts de main d’œuvre en 1996-97 et elles ont réussi à développer une stratégie critiquable mais commune et une mobilisation unitaire.


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