vendredi 6 novembre 1998 par Louis Roy
La Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS) a déjà eu comme nom, la FAS, à la CSN. Or, parce que nos acquis disparaissaient, on s’est dit que ce ne serait peut-être pas une mauvaise idée de s’asseoir dessus. C’est pour ça qu’on s’appelle la "FESSE". Et la FSSS, c’est 45 % de la CSN.
Je vais reprendre le sujet en partant du thème de la soirée. Le déficit "zéro", on peut en faire une critique très forte, c’est toujours plus facile à faire deux ou trois ans après. Au départ, le choix se justifiait en principe. Toutefois, le consensus devait être plus large que la question du déficit et devrait inclure la consolidation des services, la fiscalité et le développement d’emplois. C’est là que le bât a blessé.
Deux ans et demi plus tard, on s’aperçoit que le déficit "zéro" finalement était un piège. Pas seulement pour les syndicats mais aussi pour la population. En regard de cette réalité, on doit reconnaître que les élections n’offrent pas de choix démocratique présentement au Québec car les deux partis qui risquent de prendre le pouvoir ont la même idée sur cette question. Alors quand j’entends que les syndicats sont tombés dans un piège, ce n’est pas exact parce que ce ne sont pas les seuls qui ont été piégés ! Le piège était là, il était public, il était politique. Nous subissons tous les fortes compressions. Nos services publics sont aujourd’hui affaiblis. Et à l’occasion des élections, nous n’avons pas de choix pour se sortir de ce piège.
Mais la bataille est très loin d’être finie. Elle ne s’arrête ni avec les élections ni avec le prochain budget. Après le déficit "zéro", si on se fie à la montée du néolibéralisme mondial, il y a d’autres choses qui nous attendent : Dette "zéro", taxes "zéro", services publics "zéro" ! Il faut tirer des leçons pour les quatre années qui viennent. On doit profiter de la campagne électorale pour marquer des points dans la population sur ce qui s’en vient. On doit faire en sorte que la campagne électorale ne soit pas un piège mais plutôt une opportunité pour trouver une base à une future stratégie gagnante. Les deux milliards de compressions appliquées jusqu’à présent au nom du déficit "zéro" sont des peanuts à côté des cinq cent quatre-vingt quelque milliards de dette au fédéral. Le déficit "zéro", c’est l’amuse-gueule des néolibéraux. Il faut se préparer pour la deuxième vague qui risque de suivre même l’année électorale ! Je dirais que les syndicats sont d’autant plus piégés au Québec parce qu’il y a un processus social particulier, basé sur une certaine concertation. Et ce n’est pas l’exclusivité du PQ. Robert Bourassa a facilité cette montée de la concertation entre les forces normalement opposées : patronat, syndicats et État. Évidemment, notre statut de francophones minoritaires en Amérique doit avoir une influence. Ce processus particulier est un choix social, volontaire ou pas, qui fait en sorte d’être un peu plus près de la concertation que de l’affrontement. C’est un piège important pour des mouvements revendicateurs, mais c’est un piège qui ne doit pas nous paralyser.
Par ailleurs, je ne crois pas à la "Centrale unique du Québec". Je pense au contraire que le pluralisme syndical est un gage de démocratie plus important que la centrale unique. Nous sommes syndiqués pour exercer notre liberté d’association. Ça m’apparaît un peu utopique de croire à un lieu commun suffisamment fort pour tenir tout le monde dans une même organisation syndicale. Nous avons des différences et même des divergences. Il faut y travailler sans viser à nous aplanir mais plutôt à trouver des lieux de discussions intersyndicales. Les "fronts communs" ne sont composés que de 8, 10, 12 personnes tout au plus au Québec ! Plusieurs d’entre nous sommes quand même assez près des chefs syndicaux, nous discutons du front commun qu’une fois la question pratiquement réglée entre les centrales.
Je terminerai sur les obstacles techniques à faire front commun. La FSSS représente les personnes salariées les moins bien payés du secteur public. Or, avec le projet d’équité salariale tel que le définit la CEQ, nos membres craignent que la CEQ parte avec la caisse. Et ils ont la même crainte aussi avec la FIIQ. Pas tellement pour la caisse, mais plutôt que la FIIQ parte avec le capital de sympathie publique que la population a envers les gens du réseau. Le scepticisme est donc important dès le départ à l’endroit du front commun. Nos membres y voient un intérêt mais ils voient aussi les divergences. Il m’apparaît que ces obstacles ne peuvent plus être surmontés à ce moment-ci. On doit régler ces questions bien avant de démarrer les négociations ou à la suite d’un coup de force pendant la négociation. Il aurait fallu y penser plus tôt, sur d’autres bases, et travailler dans ce sens. Ce qui n’est pas du tout le cas depuis une dizaine d’années. Donc nos chemins ne semblent pas vouloir se croiser à court terme et le front commun actuel en est un très virtuel qui n’a pas encore traversé le moindre obstacle. J’ai bien peur qu’il ait les pieds très lourds et que la première marche soit très difficile à monter.