On a raison de se révolter

Il faut qu’on développe les solidarités les plus larges !

vendredi 6 novembre 1998 par Jacques Cantin

Le monde syndical est piégé depuis longtemps mais ce n’est pas nécessairement par les élections actuelles ou par le déficit "zéro". Mon expérience des fronts communs m’amène à dire qu’on a le don de se piéger nous-mêmes parce que les grandes centrales syndicales ont trop souvent le nez collé sur la vitre des intérêts pratiques quotidiens et, pour être sévère, corporatistes.

Je suis de ceux qui interviennent au Conseil général de la CEQ pour dire qu’il est temps qu’on développe des solidarités larges, pas seulement intercentrales, mais aussi intersyndicales et avec les milieux communautaire et populaire. Le congrès de 97 de la CEQ a été un virage à 180° pour la centrale en ce qui concerne le rapport avec l’État même si ce n’est pas évident dans la pratique quotidienne. Il est difficile de faire virer nos chefs syndicaux lorsqu’ils ont une idée dans la tête, même si nous sommes nombreux à voter des résolutions et à intervenir au congrès. Je le dis crûment : trop souvent, au conseil général, nous sommes obligés de forcer l’exécutif à respecter les décisions du congrès. Alors, imaginons maintenant les difficultés avec le cadre de la négociation en front commun.

Il y a trois dimensions principales au syndicalisme : celle concernant les relations de travail, celle ayant trait à l’aspect professionnel du travail et enfin la dimension socio-politique. Pour réussir à surmonter les obstacles et pour réaliser un réel front commun, on doit mettre sur le même pied l’aspect socio-politique avec les deux autres. Nos membres nous interpelleront et nous demanderont de quoi on parle ! Ils craignent de ne pas distinguer la façon dont on en parle avec celle dont nos chefs syndicaux peuvent en parler ! On doit commencer la mobilisation dans les régions malgré les difficultés rencontrées par des groupes comme Solidarité populaire Québec. Les organisations syndicales en portent une certaine responsabilité quand elles exercent une hégémonie en ne laissant pas assez de place aux groupes communautaires. Mais on doit s’impliquer au niveau régional, sur le terrain, progressivement, pour faire comprendre aux gens ordinaires avec des mots ordinaires que les choses doivent et peuvent être changées.

Nous sommes confrontés à un cercle vicieux. Nous avons des préoccupations quotidiennes et des exigences de nos membres qui nous coincent comme organisation syndicale lorsqu’on veut intervenir sur le terrain socio-politique. Malgré notre volonté et malgré nos grands principes, le quotidien et le manque de solidarité entre les grandes organisations syndicales nous empêchent d’avancer, y compris à la CEQ, car les positions adoptées restent trop souvent dans les documents malgré qu’elles soient concrètes.

Enfin, il faut sortir du mouvement syndical pour faire évoluer les choses politiquement. Mais on doit aussi constater l’absence d’alternative politique accessible et capable de rejoindre le monde ordinaire sur le terrain. Nous n’avons pas intérêt à se camper dans une organisation politique trop étroite, car nous ne pouvons pas jeter à terre le cercle vicieux dans lequel nous sommes. On ne combat pas le néo-libéralisme en se combattant entre nous.


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