mercredi 14 octobre 1998 par Nicole Frascadore
Quelques mots sur l’origine du congrès d’orientation de la CEQ qui eu lieu en 1997. En préparation du Congrès de 1994, un document d’analyse de la conjoncture fut produit et qui contenait un certain nombre de recommandations pour les trois prochaines années. Le nombre de ces recommandations très larges et insuffisantes selon plusieurs allaient amener beaucoup d’amendements. Nous avons donc décidé à ce congrès de 1994 que le prochain congrès en serait un d’orientation. C’est une commission qui allait préparer ce congrès. Le Conseil général m’élisa à cette commission. Elle a siégé pendant trois ans. Une tournée nationale de nos syndicats fut entreprise en leur posant une seule question : "Comment, d’après vous, améliorer l’efficacité de notre lutte syndicale ?" Les nombreuses réponses nous ont donc permis de démarrer nos travaux avec des constats et des visions provenant de la base. Un rapport fut déposé en janvier 1997. Et à nouveau, nous sommes repartis faire une tournée du Québec auprès de nos membres. Le congrès de 1997 a adopté des propositions importantes : il a dénoncé le néolibéralisme en général et le gouvernement au pouvoir qui est néolibéral avec l’intention de lutter contre l’approche néolibérale ; il a mis fin à la concertation et au partenariat, sauf de façon ponctuelle ; il a redéfini la représentation syndicale et refondé le syndicalisme à la base ; il a refait de l’éducation syndicale une priorité absolue de la centrale ; il a renforcé les liens avec nos alliés historiques (mouvement syndical, groupes de femmes, étudiants, chômeurs, personnes assistées sociales, etc.) et renforcé la solidarité sociale ; il a décidé de mener un large débat dans ses rangs sur la pertinence de mener une action politique partisane, y compris consulter les membres sur l’allégeance de la centrale en matière de souveraineté.. C’est un mandat qui devra se réaliser dans les trois prochaines années. [...]
Sur la question des enjeux et des stratégies, trois mots résument le tout : légitimité, crédibilité et citoyenneté. Je pense que le mouvement syndical a un rendez-vous avec l’ensemble du mouvement social et avec la population. Les gens s’interrogent de plus en plus sur la légitimité de la lutte syndicale qui à leur yeux deviendrait de plus en plus corporatiste et centrée sur les besoins des membres. Il en est de même de nos membres qui s’interrogent et critiquent les pratiques syndicales. Il y a un sérieux problème d’éducation syndicale dans nos rangs. Par exemple, en rapport à la prochaine négociation dans le secteur public, je suis désolée de voir que la revendication syndicale harmonisée porte à peu près exclusivement sur les salaires. Je trouve ça dommage pour deux raisons : d’une part, bien que cette revendication soit légitime, et je suis moi-même une salariée touchée par ces mesures, je me suis toujours battu en faveur de meilleures conditions professionnelles et de travail pour les enseignants et enseignantes. Elles se sont détériorées à un rythme effarant depuis 1983. C’est comme si en priorisant la question des salaires et l’équité salariale, on jetait la serviette sur tout le reste. C’est admettre un peu, que finalement, si on a un bon salaire le reste importe peu. De plus, je pense que ce n’est pas bien reçu en général, particulièrement dans les milieux populaire et communautaire qui ont l’impression que compte tenu de notre force, les syndiqués sont en train de mettre la main sur le magot. Je pense qu’il y a une crédibilité à rétablir qui passerait par les revendications de justice sociale. Donc, il faut rechercher la légitimité à l’égard de nos membres et des syndiqués en général et une crédibilité à l’égard de la population. La citoyenneté devient à mon avis la plate-forme principale de revendications que les mouvements syndical, populaire et politique doivent réclamer ; je pense particulièrement au Rassemblement pour une alternative politique (RAP). On ne sera jamais trop nombreux au Québec pour mener la lutte au néolibéralisme dans le but de rétablir le droit à l’exercice de la citoyenneté au Québec. Nous n’osons même plus nous lever collectivement pour contrer les attaques. Je pense que l’on est en train de perdre le sens de la citoyenneté, c’est-à-dire le droit que nous avons de participer à cette société qui doit être juste et équitable.
Il faut admettre que le mouvement syndical a les moyens matériels et financiers pour organiser des luttes et les soutenir. Ce n’est pas le cas pour les organisations populaires et communautaires. Cette capacité que nous avons de mobiliser, il ne faut pas que le mouvement syndical l’utilise pour renforcer son hégémonie. Au contraire. [...]
Selon moi, il faut mettre en oeuvre des moyens pour se parler. À propos de tels moyens, je pense à une décision du congrès de 1997 qui est d’organiser la tenue d’États généraux du mouvement syndical. Ce sont des moyens qui pourraient permettre aux membres de se parler et de se ressaisir de l’action syndicale pour qu’elle soit plus large et qu’elle aille au-delà des intérêts particuliers de chacun des groupes.